Accueil > Actualité ciné > Critique > Snowden mardi 1er novembre 2016

Critique Snowden

© Universum Film

Espion amateur, par Nicolas Journet

Snowden

réalisé par Oliver Stone

Sur le système d’espionnage mondialisé mis au point par les États-Unis et révélé au grand jour par Edward Snowden, Oliver Stone a un point de vue bien affirmé. Le film qu’il consacre au célèbre lanceur d’alerte est sans ambiguïté : les services secrets ne cherchent pas, comme ils l’affirment, à combattre le terrorisme par ces outils informatiques, mais bel et bien à exercer un contrôle global sur la société américaine.

La position d’Oliver Stone n’étonne toutefois guère. Le cas Edward Snowden répond en tout point à son goût pour la théorie du complot qui irrigue son cinéma. Comme l’indique le titre de sa longue série documentaire (pas loin de dix heures) réalisée il y a trois ans pour la télévision, le cinéaste américain ne veut rien moins que donner à voir une autre histoire de l’Amérique, l’envers du décor d’une toute puissance qui le fascine (il se revendique patriote) autant qu’elle le rebute (il n’a de cesse d’en pointer les contradictions).

Angle d’attaque

Le problème de Snowden est que le film ne propose pas un angle d’attaque aussi précis pour son personnage principal. Or, dans sa forme, le film tient davantage du biopic que du thriller d’espionnage, et un bon biopic ne peut se passer d’un regard clair porté sur l’être humain dont il retrace des parties de vie. Par exemple, The Social Network raconte tout autant la genèse d’un géant de l’informatique que la revanche d’un amant éconduit. La dimension intime crée, nourrit et éclaire le fait d’actualité ou historique qui est en l’occurrence traité.

Faute d’une caractérisation solide, Snowden devient un long empilage de pistes psychologiques. Le jeune homme est décrit successivement comme un loser qui a vu son rêve de devenir soldat anéanti par un corps trop fragile, un républicain conservateur déçu par la realpolitik crapoteuse de la CIA et consorts, un génie incompris qui fabrique des outils informatiques détournés de leurs buts premiers, etc. L’histoire d’amour incongrue que Snowden noue avec une professeur de lap-dance (Shailene Woodley) aurait pu offrir une belle piste au film, mais Oliver Stone n’arrive jamais à la transcender.

Renoncement

Allant jusqu’à imiter la diction particulière d’Edward Snowden, Joseph Gordon-Levitt donne pourtant le meilleur de lui-même. Mais le comédien se retrouve réduit à ne jouer qu’un masque froid, sans grandes aspérités, qui empêche par conséquent d’éprouver toute empathie à son égard. Quoiqu’on pense des films concernés, les personnages du procureur de JFK et du vétéran de Né un 4 juillet avaient pour eux le mérite de faire passer à l’écran la nécessité impérieuse de leur quête respective.

Les dernières séquences du film qui montrent et font s’exprimer le véritable Edward Snowden apparaissent dès lors comme un renoncement. La fiction ploie devant un réel qu’elle n’a pas réussi à appréhender. Délateur narcissique, héros des temps modernes, le lanceur d’alerte reste avec son mystère.

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