Accueil > Actualité ciné > Critique > Spartatouille mardi 15 juillet 2008

Critique Spartatouille

Galéjade estivale, par Nicolas Journet

Spartatouille

Meet the Spartans

An –480, le roi spartiate Léonidas et ses soldats partent défier aux Thermophyles l’immense armée perse. Le combat s’annonce d’autant plus difficile que celle-ci compte dans ses rangs Ghost Rider, Rocky Balboa, les Transformers, une Paris Hilton bossue... La version parodique de 300 aussi inutile que l’original.

Après Super Héros Movie, voici le second détournement filmique de l’été. Spider-Man n’est plus au centre de la cible, mais 300, le péplum bodybuildé de Zack Snyder. Le principe est identique. Le film original sert de trame principale. La parodie s’attache à en exagérer les traits et s’appuie sur des références annexes (télévisuelles, cinématographiques, people…) pour tenir la distance.

Un peu moins scatologique, plus rythmé, Spartatouille s’en sort mieux que Super Héros Movie. On sourit par exemple quand Leonidas éduque son fils catch, quand la maigre troupe spartiate (13 au lieu de 300) entame I Will Survive, quand Carmen Electra (une bimbo pas si mauvaise actrice qu’on pourrait le croire) subit un massage particulièrement musclé, quand un fond bleu apparent affublé d’un trucage des années 1980 doit signifier la présence d’une armée pléthorique…

Mais ce ne sont que quelques éclairs dans un ciel terne. Une bonne moitié des gags renvoie à des références trop américaines pour être vraiment compréhensible. Bien sûr, lorsque Paris Hilton et Britney Spears sont dans le collimateur, en particulier pour leur capacité à oublier leurs sous-vêtements, il est facile – mondialisation de l’insignifiance oblige – de savoir de quoi il retourne. Quand il s’agit de fausses pubs (Gatorade…) ou de travestissements jeux de télé-réalité locaux (American Idol…), le sens comique s’avère obscur.

Spartatouille touche au plus juste quand il cible le ton exagérément belliqueux de 300. L’adaptation du graphic novel de Frank Miller semblait croire en la validité de son propos guerrier. Le sens du sacrifice était valorisé. Mourir au combat apparaissait presque comme une bénédiction. Par l’intermédiaire d’un Léonidas gaffeur, faisant à coup de lapsus de l’antimilitarisme sans le savoir, Spartatouille montre la limite d’un tel discours. Notamment dans un joli bonus montrant un George W. Bush devenu plus que dubitatif sur le recours au conflit armé.

Jason Friedberg et Aaron Seltzer soulèvent également la contradiction entre le machisme revendiqué par 300 à longueur de séquences et l’imagerie homosexuelle qu’il développe (corps huilés, prépondérance du cuir…). Il est toujours comique de voir les zélateurs de l’esprit de corps et de la survirilité – souvent ouvertement homophobes – se contredire avec autant de naïveté. Avec ces moyens de série Z, Spartatouille tend donc un judicieux miroir au blockbuster à succès. Montrant qu’entre la parodie et l’original, le vrai ridicule n’est pas forcément où l’on croit.

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