Accueil > Actualité ciné > Critique > Star Trek : Sans limites mardi 16 août 2016

Critique Star Trek : Sans limites

© Paramount Pictures

Fausse permanence, par Josué Morel

Star Trek : Sans limites

Star Trek Beyond

réalisé par Justin Lin

Au cœur de ce troisième volet du reboot initié par J.J. Abrams règne le doute : alors que son pilote s’est envolé pour un autre univers étoilé, la constellation Star Wars, l’équipée de Star Trek et du vaisseau Enterprise semble hésiter entre poursuivre sa route et s’en aller à son tour, à l’image des deux protagonistes principaux, Kirk et Spock, tous deux décidés à tourner la page. C’est que l’homme et le vulcain se retrouvent chacun confrontés à leur propre finitude : l’un est sur le point de dépasser d’un an la durée de vie de feu son père, vieux fantôme qui depuis le premier film ne l’a jamais complétement quitté, tandis que l’autre apprend la nouvelle de sa mort – ou plus exactement celle de son soi futur. Beau questionnement théorique d’une œuvre sur elle-même, qui trouvera son dénouement dans une photo découverte par Spock où s’affiche le casting de la série originelle, figurant dans la diégèse le futur, et non pas le passé, des personnages qui se présentent à nous. Permanence de la forme : le doute de Spock se résorbe face à l’immortalité que promet le cinéma, sa soif de remakes et de prequels, qui garantit quoi qu’il arrive la perpétuation du mythe. Dans l’ultime séquence du film, un time-lapse nous montre la recréation accélérée de l’Enterprise, qui se retrouve une poignée de secondes plus tard de nouveau opérationnel. Une cure de jouvence instantanée, comme celles dont le grand méchant du film, Krall, tire son énergie. Sorte de vampire de l’espace, le hideux adversaire se révélera tardivement être l’alter ego du capitaine Kirk, un héros militaire qui à force de prolonger son existence s’est transformé en monstre mué par la haine et la volonté de détruire de ce qu’il a contribué à bâtir. Troublant personnage sur le papier, dont l’écriture s’avère hélas assez mal négociée (ce n’est que vers la fin, pour ménager l’effet d’un twist bien senti, que Krall gagne enfin un peu d’intérêt), mais qui par sa nature à la fois ancestrale (c’est un pionnier de la Starfleet, la flotte dont fait partie l’Enterprise) et mutante illustre bien le mouvement du film, partagé entre une facture aux accents volontairement obsolètes (rochers à la facticité visible et maquillages old school) et une précision des effets numériques, parfois discrètement gracieux – reflets incrustés, volutes de fumées et filets de poussières se mêlent ainsi au tumulte habituel qui rythme les blockbusters.

Absences

Tel est le crédo du film : perpétuer le passé, en le réactualisant sans toutefois le remettre en cause. Ce qui implique aussi les deux premiers films d’Abrams, qui prenaient la forme de déclarations d’amour d’un geek à l’un de ses émerveillements d’enfant tout en s’affirmant comme de minutieux films d’actions où se déployaient une rigueur de construction et une poésie du montage qui font ici cruellement défaut. Car si Justin Lin, catapulté capitaine de substitut, reprend jusqu’aux lens flares, cette marque stylistique à laquelle on a souvent réduit la patte d’Abrams, il lui manque l’essentiel : clarté du découpage (le film tient sur ce point souvent de la bouillie), sens des enchaînements et des gestes, don pour embrasser les espaces de jeu qu’offrent les décors. La permanence vire alors à la redite sans âme, la faute aussi à un récit routinier et sans aucune ampleur comparé aux deux précédents volets. C’est par cette incapacité à recouvrir la vitalité des films d’Abrams que le vernis de permanence de ce Star Trek : Sans limites craquelle : si les morts de Leonard Nimoy (le Spock d’origine) et d’Anton Yelchin (l’interprète de Chekov) hantent curieusement ce film-fontaine de jouvence (le film est dédié à leur mémoire), c’est une autre absence, celle du père (re)fondateur, dont souffre surtout cette suite ratée.

Annonces