Swim Little Fish Swim
Swim Little Fish Swim
    • Swim Little Fish Swim
    • France, États-Unis
    •  - 
    • 2013
  • Réalisation : Lola Bessis, Ruben Amar
  • Scénario : Ruben Amar, Lola Bessis
  • Image : Brett Jutkiewicz
  • Son : Arnaud Marten
  • Montage : Thomas Marchand
  • Musique : The Toys and Tiny Instruments, Candace Lee, Penn Sultan, La Place Records
  • Producteur(s) : Ruben Amar, Lola Bessis
  • Production : Les Films de la Fusée
  • Interprétation : Dustin Guy Defa (Leeward), Lola Bessis (Lilas), Brooke Bloom (Mary), Olivia Costello (Rainbow / Maggie), Anne Consigny (Françoise De Castillon)
  • Distributeur : Jour2Fête
  • Date de sortie : 4 juin 2014
  • Durée : 1h35
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Swim Little Fish Swim

Ne devrait-il pas exister une règle impérieuse en art, supposant qu’il soit interdit à un débutant de faire sa première œuvre au sujet, précisément, de son art et de sa difficulté à lui donner la visibilité qu’il croit mériter ? Une règle d’humilité basique, dirait-on. Une règle en tout cas bien mise à mal par le premier long-métrage du couple Lola Bessis et Ruben Amar, Swim Little Fish Swim. Évidemment, on pourrait estimer que l’ampleur grandissante du cinéma do it yourself, aux États-Unis notamment, est une justification suffisante pour tordre le cou à ce principe – de jeunes artistes ayant enfin le loisir et les moyens techniques de s’exprimer à leur tour, et comme ils le souhaitent, dans une industrie qui ne leur laissait jusque-là pas de place. Mais quand on voit ici que le nombrilisme est assez difficilement dépassé, l’argument semble plus que jamais discutable.

Voici donc Lola – non, Lilas, pardon. Une jeune artiste française, fille de la célèbre artiste contemporaine Françoise De Castillon (Anne Consigny), exilée à New York et dont le visa est sur le point d’expirer – alors qu’elle espère décrocher une expo lui permettant de vivre de son art dans la grande pomme. Hébergée par un couple partagé entre les impératifs matériels de toute vie adulte (incarnés par la mère Mary, qui essaie de tenir son foyer à la force de son travail d’infirmière) et les lubies anticapitalistes de l’artiste-musicien-hipster Leeward, Lilas papillonne dans New York ; la caméra suivant ses pérégrinations comme le scénario saute de bonne petite idée en bonne petite idée, sans vraiment donner de véritable enjeu à l’anecdote.

Swim Little Fish Swim n’est en ce sens qu’un calque, à la française, de l’énergie de la communauté do it yourself qui émerge aux États-Unis et dans laquelle se sont plongés les auteurs du film. Au lieu de se l’approprier, les deux scénaristes-réalisateurs ont eu le tort de se fondre dans le moule, et de ne donner à leur anecdote que la triste ampleur d’une mise en abyme autobiographique (de la protagoniste Lilas à la réalisatrice-scénariste qui l’incarne, Lola Bessis, dont c’est le premier film). Toutes les bonnes petites idées, vigoureuses, originales (énergie collaborative très américaine ; idée du livre participatif Give to the People ; personnage de Mary, de loin le plus intéressant), sont laissées de côté au profit d’une mise en scène qui ne semble que vouloir rentrer dans le moule hype. Les idées originales donnent une agréable énergie au film, mais elles tournent à vide. Le scénario se referme, et c’est bien le tort de ces jeunes artistes qu’on soulignait au début, sur l’affirmation par la protagoniste de son identité d’artiste, devant sa mère qui l’étouffait et ne croyait pas en elle. Soit. Tout cela est un peu vain et c’est dommage.