Accueil > Actualité ciné > Critique > Taken 2 mardi 9 octobre 2012

Critique Taken 2

Père-bull, par Antoine Oury

Taken 2

réalisé par Olivier Megaton

Quatre ans après le premier du nom arrive cette improbable suite à Taken, film d’action limité mais honnête avec le spectateur dans son contrat de défouloir. La bande-annonce de Taken 2 laissait supposer une suite potentiellement plus intéressante qu’une simple prolongation commerciale, avec cette fois la jeune fille en négociateur musclé : malheureusement, la course tourne court.

Le succès que rencontra le premier Taken permit au moins à Liam Neeson de donner à sa filmographie un tour plus rude, pas si mal cultivé en début d’année avec Le Territoire des loups de Joe Carnahan. Production EuropaCorp, le Taken (« Kidnappé » en français) de Pierre Morel ne brillait pas par son scénario, et entretenait avec peine un petit feu de joie à partir des cascades d’un quadragénaire semi-retraité au secours de sa fille. Abordé avec la logique de la série franchisée, Taken 2 récupère le postulat de son prédécesseur : si les Albanais vengeurs mettent la tête du papa à prix, Neeson retrouve vite son statut original de chasseur. Comme dans le premier volet, les courses poursuites et autres bastonnades consistent surtout en une démonstration de sa puissance, véritable bulldozer dissimulé sous des atours de jeune divorcé. Le scénario tente d’ailleurs d’exploiter ce filon, mais l’aspect convenu des situations et des dialogues (en champ/contrechamp permanent) donne l’impression qu’il s’agit surtout de meubler la première demi-heure du film.

« Move ! » (« Bouge ! ») reste l’interjection que l’on entend le plus dans la version originale de Taken 2 : Olivier Megaton mise tout sur le rythme sans s’arrêter sur l’originalité de la mélodie. Ne dispersant plus le même effet de surprise que le précédent volet, Taken 2 se résume trop souvent à ce qu’il est : un détour touristique et exotique, en quatrième vitesse, à Istanbul. Malgré des ruelles et des échoppes taillées pour la course-poursuite, elle parvient à peine à retenir l’attention sur ces individus qui se courent les uns après les autres, et ces mises à mort qui n’ont même pas l’audace d’être cruelles (exception faite de l’égorgement minuté de son épouse, assez rude). La majeure partie du temps, les Albanais s’entassent, indifférenciés de leur chef vengeur et borné, pas plus capables de retenir l’attention que la famille américaine recomposée [1].

Avec ce père pratiquement invincible, difficile de s’imposer comme jeune fille indépendante : Maggie Grace gagne quelques lignes de dialogue, mais son champ d’action reste suspendu aux ordres de son paternel. Pendu au smartphone, ce qui nous rassure brillamment sur la solidité de ces petits appareils, le père Commando contrôle et domine tout. Même l’idée la plus surprenante du film, repérer la position du QG ennemi au son de grenades lancées sur les toits de la ville, est soufflée à la jeune fille par son père. L’adolescente restera finalement circonscrite à des terrains connus, flirt et passage de permis. Véritable dispositif de guidage, le scénario de Taken 2 lui a permis d’atteindre sa destination : 117 millions de dollars de recettes après quatre jours d’exploitation, et l’occasion pour EuropaCorp de revendiquer « le plus gros succès pour un film français sur les écrans du monde entier, rivalisant avec les plus grosses franchises produites par les studios hollywoodiens » [2].

Notes

[1Remarquons à cet égard que le spectateur aura tendance à désigner le personnage principal comme « Liam Neeson », et jamais par son prénom dans le film.

[2Extrait d’un communiqué de presse d’EuropaCorp.

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