Accueil > Actualité ciné > Critique > The Good Heart mardi 16 mars 2010

Critique The Good Heart

Histoire de coeur, par Bélinda Saligot

The Good Heart

réalisé par Dagur Kári

Dagur Kári a déjà attiré l’attention avec son premier film, Nói Albínói. Dans une veine similaire, il retrouve dans son troisième long métrage (The Good Heart) des personnalités hors normes, un humour grinçant, une histoire absurde (comme toujours) mais bien trop conventionnelle pour s’y attacher.

L’acteur Paul Dano joue des rôles peu loquaces. Son jeu passe par le silence. Il garde éternellement cet air ahuri d’un adolescent mal dans sa peau au bord de la crise de nerfs. Dagur Kári a donc trouvé son héros idéal. Ni trop beau, ni trop laid, en somme, atypique, parfait pour camper un jeune homme complexé, candide et peureux. Ici, il endosse le rôle d’un jeune sans domicile fixe ayant pour animal de compagnie un jeune chat aussi frêle que son propriétaire. Rien n’est dit sur Lucas. Ni son âge, ni les raisons de son errance, ni les causes de sa tentative de suicide. Ces mystères (qui accompagnent aussi les autres personnages), au fond, n’intéressent personne et nuiraient à l’intrigue s’ils étaient dévoilés. À l’hôpital, Lucas rencontre un vieil homme cardiaque, Jack (Brian Cox, avec qui Paul Dano avait déjà tourné dans L.I.E. de Michael Cuesta, qui interprète ici une grande gueule tout à fait crédible, aussi détestable qu’attachante) misanthrope, avec lequel il partage sa chambre puis son quotidien. Ce rapprochement amène des contrastes (nécessaires à tout mélodrame), l’un gros, l’autre maigre, l’un sensible, l’autre cynique, l’un proche de la mort, l’autre proche de la vie. Et même les animaux de compagnie les distinguent puisque Jack a un chien. Ces nombreuses différences restent malgré tout cohérentes avec le propos altruiste (parfois épuisant) du cinéaste.

La bizarrerie des situations amène les personnages à vivre ensemble. Jack prend sous tutelle Lucas pour lui apprendre les ficelles du métier de barman. Un poil niais, loin d’être bavard, Lucas travaille d’arrache-pied pour satisfaire aux exigences d’un vieux fou. Dagur Kári décrit un lieu sans concession : le bar de Jack, interdit aux femmes et aux inconnus. Il sublime cet espace poisseux, le filme sans couleurs, dans un grain terne, salit par la poussière et l’aigreur des clients autant que par la sévérité de son patron. L’image de New York ne ressemble pas à ce que nous connaissons de cette ville debout. Les personnes croisées tiennent bien plus du film Freaks que des personnages de Woody Allen. Les extérieurs sont méconnaissables mais s’avèrent aussi dangereux. Le bar, niché dans des ruelles austères, se pose comme un refuge, un lieu en dehors du temps, défraîchi certes, mais doté d’une âme propre. Des hommes s’y racontent leur journée, parlent de leur misère affective autour de boissons alcoolisées, des cœurs s’emballent à la vue d’une femme, April (Isild Le Besco), le fiasco incompréhensible de ce film. Son arrivée est bien mal exploitée. Hôtesse de l’air virée pour avoir peur de l’avion (l’absurde déborde sur le ridicule), elle trouve ce bar et Lucas comme réconfort. Dès lors le monde bascule, les deux se marient, avec le désaccord de Jack, et suite à une dispute, chacun part vivre de son côté. Isild Le Besco ne parle pas, garde un air niais tout au long du film, séduit les clients du bar, boit (uniquement) du champagne, s’achète de jolies robes, pose des roses sur les tables, des bougies au comptoir, quelle caricature ! Elle n’est qu’un pantin sans âme, ni jeu, la pomme de discorde qui disparait, réapparait sans aucune raison, hormis celles du réalisateur. Les cocasseries du scénario sont concevables dans une certaine limite. Que l’hôpital offre de l’argent à Lucas le jour de son départ, pourquoi pas. Que les contraires s’attirent, rien de nouveau à l’ouest, mais qu’un bout de culotte chamboule tout sans dire un mot, non. Encore moins cette fin sous les tropiques : le gris de la ville s’efface pour les couleurs des îles, afin de vous montrer qu’un bon cœur vous permet de siroter le jus d’une noix de coco les pieds dans l’eau. Dagur Kári s’éloigne de son sujet quand une femme rentre dans son scénario, il perd son souffle, son humour, alors qu’il gagnait tant à s’attacher aux relations chaotiques entre deux êtres exceptionnels. The Good Heart s’emmêle les pinceaux et s’aventure sur des sentiers battus. Le sentiment de la mort rapproche Jack de la vie tandis que la vie rapproche Lucas de la mort et ces facilités ennuient.

Il reste à se satisfaire de l’humour cinglant du film. Si Dagur Kári ne surprend pas dans sa mise en scène, il reste un scénariste aux idées farfelues et aux répliques tonitruantes. Qui ne rira pas aux éclats quand il écoutera l’incarnation du pet à travers le brocoli ? Avouons-le, le rire a des vertus diaboliques.

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