Accueil > Actualité ciné > Critique > The Karate Kid mardi 17 août 2010

Critique The Karate Kid

L’art de tomber la veste, par Benoît Smith

The Karate Kid

réalisé par Harald Zwart

Peu importe que ce Karaté Kid-là se soit mis au kung-fu – plus hype. Ou que l’entreprise ait des airs de placement de produit : vues imprenables de la Cité interdite et de la Grande Muraille avec l’appui du gouvernement chinois, coproducteur via la société China Film Group ; poursuite du CV du petit Jaden Smith dont les parents Will et Jada chapeautent consciencieusement la carrière depuis À la recherche du bonheur... Malgré ces quelques signes extérieurs de calcul marketing, ce remake réactualise la fable d’apprentissage originelle avec une honnêteté et une conscience de ses enjeux qui finissent par emporter le morceau.

Qui est l’étranger ?

Que, dans un film de sport – en l’occurrence de sport de combat, remis récemment au goût du jour avec Rocky Balboa, Never Back Down, Fighting, jusqu’à ce Karaté Kid –, l’apprentissage prenne au moins autant d’importance que la compétition elle-même, ce n’est bien sûr pas très original. Le premier Karaté Kid, réalisé en 1984 par John G. Avildsen – l’homme du premier Rocky –, applique même l’axiome de façon assez radicale. La compétition de karaté qui le conclut y est mise en scène avec une brièveté et une sécheresse qui la rendent bien dérisoire au regard de ce qui la précède : les longues heures d’enseignements détournés et scéniquement comiques prodigués au jeune Daniel, exilé du New Jersey en Californie, par l’excentrique maître Miyagi. Le film d’Avildsen tient surtout à cette notion d’exil transformé en échappatoire un brin fantaisiste à une banalité oppressante : un jeune Italo-Américain déplacé contre son gré aux côtés d’une mère castratrice, en butte aux brimades de jeunes et violents pratiquants de karaté, trouve sa maturité et de nouveaux horizons au contact d’un vieux Japonais aux allures de Maître Yoda.

L’astuce première du remake de 2010 pour se démarquer de son original est de se départir au mieux des tics de caractérisation exotique qui, en 1984, menaçaient de faire de la culture japonaise un simple gadget divertissant. Cela part de pas grand-chose, comme le seul fait que le petit futur apprenti et sa mère quittent les États-Unis pour la Chine où ils sont appelés à rester. Sur ce nouveau terrain, ce sont eux les créatures exotiques, et le film s’attarde pertinemment sur l’incompréhension mutuelle qui pèse sur les relations des nouveaux venus à leur pays d’accueil, surtout le caractère déplacé et choquant des obstinations contradictoires de la mère et du fils (l’une à se précipiter sans recul vers cette nouvelle culture, l’autre à s’enfermer dans son statut d’exilé et d’exclu). L’idée directrice à l’œuvre dans le film est de se resserrer autour de l’enjeu dramatique de la situation du garçon, livré à lui-même sans vrai soutien – ni de ses voisins autochtones ni de ses proches –, surtout prompt à se laisser vivre et à s’accommoder mollement de sa souffrance.

Dégraissage

Dès lors, l’enjeu de la rencontre du héros avec un maître d’art martial sorti de nulle part ne touche plus seulement à une revanche sur les brimades subies ou à un passage à la maturité (le petit a encore du chemin à faire sur ce point), mais avant tout à une reprise de conscience de soi, de son corps et de son attitude face à la vie. Aux exercices ménagers fastidieux et d’ordre bourgeois censés inculquer les mouvements du karaté dans le film de 1984 (laver une voiture, peindre une palissade, « wax on, wax off »...), le scénario de 2010 substitue les simples gestes de lâcher, ramasser et enfiler une veste, gestes a priori encore plus négligeables, mais auxquels l’entraînement hors normes s’applique à donner un sens au-delà de la technique, incitant l’élève à en prendre conscience et à réaliser l’importance de ne pas baisser les bras, se tenir debout et faire face. Pour rendre ainsi encore plus prégnante la lutte du garçon pour exister, le remake dégraisse quelque peu son matériau d’origine, quitte à sacrifier la part comique la plus bouffonne et datée au profit d’un humour plus froid et plus discret, quitte à montrer Jackie Chan dans un de ses rôles les plus sobres, en mode pince-sans-rire assumant comme rarement sa cinquantaine en maître vieillissant et usé. Paradoxalement (ou non), c’est bien la dimension du combat physique, définition du genre du film, qui profite de cette évolution dans la dimension intime qui lui donne son sens : traitée avec plus d’emphase et d’entrain que chez Avildsen, la compétition finale porte plus explicitement l’enjeu de la résolution du drame intime du héros, et la fin attendue n’en touche que plus encore.

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