• The Mortal Instruments: La Cité des Ténèbres
  • (The Mortal Instruments: City of Bones)

  • États-Unis, Allemagne
  • -
  • 2013
  • Réalisation : Harald Zwart
  • Scénario : Jessica Postigo Paquette
  • d'après : la série romanesque The Mortal Instruments
  • de : Cassandra Clare
  • Image : Geir Hartly Andreassen
  • Montage : Joel Negron
  • Musique : Atli Örvarsson
  • Producteur(s) : Robert Kulzer, Don Carmody
  • Interprétation : Lily Collins (Clary), Jamie Campbell Bower (Jace), Kevin Zegers (Alec), Jemima West (Isabelle), Robert Sheehan (Simon)...
  • Distributeur : Wild Bunch Distribution
  • Date de sortie : 16 octobre 2013
  • Durée : 2h10
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The Mortal Instruments: La Cité des Ténèbres

The Mortal Instruments: City of Bones

réalisé par Harald Zwart

Avec l’avènement des trucages numériques généralisés, le bestiaire fantastique a été diversement malmené. Lorsque La Cité des ténèbres dévoile ses premières séquences, on se sent plutôt rassuré : foin des récupérations débiles (les Twilight) ou aseptisées (les Underworld) – cette nouvelle saga pour ados semble reposer sur des bases solides. Tout va bien, et le mystère s’installe de façon convaincante… jusqu’à ce que les hormones débarquent. Quelle erreur ! Nous voilà bien en présence d’un teen-movie école Twilight, avec triangle amoureux à peine pubère et romance colorée façon Harlequin.

Dès lors, c’est la débandade formelle. La résonance crédible de son univers échappe à Harald Zwart, qui multiplie les erreurs de script « à la Harry Potter » – où rythme et cohérence sont sacrifiés sur l’autel de la fidélité inébranlable au matériau d’origine. Oubliée également, la majesté du monde caché que l’on a découvert dans les premières séquences en compagnie de Clary Fray (Lily Collins), la jeune prodige magique qui s’ignorait et dont les dons surnaturels se révèlent formidables et dangereux. Le monde parallèle, au départ dépeint comme une société de l’ombre et de la marge où vivent toutes sortes de créatures, se résume vite à un huis-clos dans une école de magie entre les murs de laquelle, c’est tout de même bien pratique, objets perdus, personnages disparus et ennemis insoupçonnés se révèlent avec régularité.

Au moins nous épargne-t-on la lourde symbolique sexuelle à laquelle on aurait pu s’attendre – pourtant, on n’en est pas passés loin : en pleine crise d’adolescence, notre héroïne dessine partout, instinctivement, le symbole, la rune, que l’on peut voir sur l’affiche. Rappelons-nous nos cours de biologie… hm, oui, ça ressemble bien à la représentation d’une vulve et deux trompes de Fallope stylisées. Est-ce pour cela que la mère de notre héroïne, refusant de la voir grandir, ne lui révèle rien de son héritage ? Mais non. Pour parfaitement nunuche qu’elle soit, Clary Fray ne semble pas étrangère à son propre corps – voilà qui nous repose du puritanisme délirant de la saga Twilight.

Pour le reste, la belle et son copain restent parfaitement tartes, au fil de moult erreurs de script, tout en voyant s’ouvrir un monde rempli de magie, créatures et concepts narratifs dont personne ne semble avoir cure. Tout cela n’est donc là que pour servir de canevas à la progression du drame sentimental joué entre une ado et ses deux prétendants, chacun représentant un monde différent, ici celui des humains et des « chasseurs d’ombres ». Décidément, après J.K. Rowling et Stephenie Meyer, il semble que le réservoir d’originalité soit bien épuisé…

Ô, malheureuse jeunesse ! Pourquoi faut-il qu’on te prémâche une mythologie plate et sans enjeux, énième itération des mêmes fadaises ? Tu veux des personnes-modèles, des rêves d’héroïsme et de romance, qu’on te dise que tu peux être différente, spéciale, unique – tu veux que la fiction te dise tout ça ? Fouille la poussière, exhume les films et les livres d’antan – c’est la première des aventures qu’il te faudra entreprendre : échapper aux pièges d’une fiction prétendument moderne qui se fout de toi.