The Party
© Eurozoom
The Party
    • The Party
    • Grande-Bretagne
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Sally Potter
  • Scénario : Sally Potter
  • Image : Alekseï Rodionov
  • Décors : Carlos Conti
  • Costumes : Jane Petrie
  • Montage : Anders Refn, Émilie Orsini
  • Producteur(s) : Kurban Kassam, Christopher Sheppard
  • Production : Adventure Pictures, Oxwich Media
  • Interprétation : Kristin Scott Thomas (Janet), Timothy Spall (Bill), Patricia Clarkson (April), Bruno Ganz (Gottfried), Cherry Jones (Martha), Emily Mortiner (Jinny), Cillian Murphy (Tom)
  • Distributeur : Eurozoom
  • Date de sortie : 13 septembre 2017
  • Durée : 1h11

The Party

réalisé par Sally Potter

Dans leur résidence londonienne, Janet et son mari reçoivent quelques amis proches pour célébrer des années de luttes politiques. Celle-ci vient en effet tout juste d’être nommée ministre de la Santé au sein du cabinet fantôme qui regroupe les membres de l’opposition. Mais la célébration va tourner aux règlements de comptes personnels et de douloureux secrets vont être révélés. Tourné en Angleterre en plein référendum du Brexit, le dixième long métrage de Sally Potter – absente des écrans depuis Ginger et Rosa sorti en 2013 – semble aujourd’hui plus politique qu’elle ne l’avait sans doute anticipé. Aucun indice temporel précis de nous est donné mais The Party pourrait être considéré comme une métaphore de l’Angleterre contemporaine et de ses récents bouleversements. Le récit ne se limite cependant pas à la politique qui se retrouve rapidement en arrière-plan, et le film parle plus largement de la société anglaise sans traiter spécifiquement de l’actualité. La nomination de ministre de Janet ne sera d’ailleurs que peu évoquée en tant que telle, pour laisser place aux avis des uns et des autres sur la confiance à accorder au service de santé publique ou encore les sacrifices qu’une femme devrait faire pour sa carrière.

Véritable carnage social – le film n’est pas sans rappeler d’ailleurs le grinçant film de Roman Polanski (2011) – The Party met en scène des stéréotypes de la bourgeoise pleine de principes et de valeurs qu’elle ne respecte pas elle-même. Porté par de grands acteurs aux interprétations parfaitement mesurées, le film se démarque par son humour affûté et un cynisme constant qui amuse tout autant qu’il dénonce l’hypocrisie de cette élite bien-pensante. Au-delà de la démarche esthétique, le recours au noir et blanc ainsi que le choix des décors épurés mettent en avant le récit et les dialogues pour que rien ne vienne distraire les regards.

Huis clos ravageur

Particulièrement propice à la cristallisation des tensions, le format du huis clos est ici parfaitement adéquat au sujet et la réalisatrice a su adapter sa mise en scène pour ne jamais laisser son film statique malgré l’espace restreint. The Party est intégralement filmé en caméra à l’épaule, à l’exception de quelques plans fixes lors de la présentation de chaque protagoniste. L’unique caméra se déplace dans toute la propriété et ne laisse pas une seconde d’intimité aux personnages. Elle scrute et s’immisce dans les moindres recoins pour exposer les faiblesses et les secrets de chacun par de multiples plans séquences. Les portes sont sans cesses claquées, fermées, verrouillées pour chercher à isoler, à enfermer encore un peu plus dans cette maison qui a déjà des allures de prison. La salle de bain devient alors le lieu où l’on se sent en sécurité, pour prendre sa ligne de cocaïne, pour s’avouer ses peurs sur son mariage ou son bébé à naître. Tous les personnages ne cessent de se déplacer pour tenter d’échapper à leurs angoisses, à l’exception du mari de Janet qui ne quittera pas le salon, seul personnage en paix avec lui-même et avec ses décisions. Le film illustre parfaitement le brusque délitement des relations lorsque les mensonges sont exposés au grand jour, dans la vie personnelle comme en politique.