Accueil > Actualité ciné > Critique > Things People Do mardi 17 février 2015

Critique Things People Do

Cuisine et dépendances, par Quentin Le Goff

Things People Do

réalisé par Saar Klein

Monteur de La Ligne rouge de Terrence Malick ou encore de l’épileptique Mémoire dans la peau, Saar Klein réalise un premier film où s’impose une problématique déformation professionnelle. Non pas parce que Things People Do accorde une importance trop appuyée à l’art du raccord, mais parce qu’il se permet d’aller piocher ce qui l’intéresse dans une bande d’images préexistantes comme on sélectionnerait la meilleure prise au cours d’un dérushage. Comme s’il s’agissait de mettre au point une recette imparable. Prenez une bonne tranche de nihilisme amer certifié Breaking Bad : un assureur, Bill, se voit basculer dans l’illégalité pour soutenir sa famille après son licenciement ; faites-le errer quelques plans dans le désert du Nouveau Mexique et donnez-lui un flic comme meilleur ami. Saupoudrez généreusement de zestes de doux soleil malickien : des contre-jours, plein, sur des enfants qui s’amusent au ralenti, et sur lesquels vous rajouterez une voix off grave et profonde, qui s’interrogerait sur les mystères insondables de la vie humaine et l’importance de la famille. Laissez mijoter… et… Non, malheureusement, on a beau faire, la mayonnaise ne prend pas. Le résultat est plutôt insipide, voire indigeste.

Heisenberg le Chauve

Une des seules idées personnelles que propose Klein est une métaphore quelque peu navrante qui parcourt tout le film : une piscine, qui à elle seule représente à la fois l’orgueil de Bill et toute la crise que traversent les États-Unis. Si, si. Une petite oasis dans ce désert inhospitalier qu’est la frontière mexicaine et qui pousse Bill à faire des braquages. Une folie qu’il s’empresse de combler de gravier après avoir compris qu’il n’en avait en fait pas besoin, et même qu’un tuyau d’arrosage faisait nettement mieux l’affaire pour réussir un dimanche en famille. Ainsi, dès que Bill se résout à revenir dans le droit chemin, il lui suffit de boucher un trou pour que tout redevienne normal. Assez flou, ce dénouement pose quand même problème. Soit Bill a retrouvé du travail, et alors le film perd tout ce sur quoi il semblait basé : Bill se voyait licencié pour des raisons économiques, c’est la crise, etc. Soit Bill a décidé d’accepter un prêt de son richissime beau-père : et dans ce cas, le film n’est que l’histoire d’un petit orgueil mal placé mais vite corrigé. Dans tous les cas, toute la tension voulue dans la première partie, peinture d’un homme acculé, d’un père au bord du gouffre, retombe comme un soufflé. Ce qui est justifié dans Breaking Bad, c’est le coût inavouable d’une chimiothérapie. L’orgueil de Walter White, qui refuse lui aussi l’aide d’amis plus riches, ne concerne pas sa capacité à s’offrir un endroit où tremper ses orteils, mais à accéder aux soins que seules les classes les plus aisées peuvent se payer. Sa haine, aussi orgueilleuse soit-elle, rejoint par là une revendication politique. Heisenberg, figure invisible par excellence, met à jour les violences sourdes de ce système.

Malick le Sage

Dans son invocation d’un retour à la grâce, Things People Do résout donc l’angoisse de la banlieue américaine en proie à la peur du déclassement par un coup de baguette Malick. Il transforme en niaises retrouvailles familiales ce qui chez le réalisateur texan est un désir tendu d’entrer en contact avec ce qu’il sent être là ; une mystique. D’où la désagréable sensation de voir un spot publicitaire dans ces plans de Klein léchés par les rayons du soleil couchant, là où l’insistance de Malick recherche une forme de transe. Mais pour qu’on n’ait pas seulement l’impression que Walter White se soit perdu sur le décor de The Tree of Life, Klein sort un dernier ingrédient de sa poche. S’arrogeant la synthèse de la construction on ne peut plus dialectique de son personnage (entre dissolution et renaissance), il conclut par un twist scénaristique qui vient biaiser les bases familiales nouvellement acquises. Ni pour, ni contre, bien au contraire, Klein a fait sa tambouille. Convaincu que plus il mélangerait, plus il apporterait sa touche personnelle, il nous sert une bouillie bien fade.

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