Accueil > Actualité ciné > Critique > Tonnerre sous les tropiques mardi 14 octobre 2008

Critique Tonnerre sous les tropiques

Jumping the couch, par Stéphane Caillet

Tonnerre sous les tropiques

Tropic Thunder

réalisé par Ben Stiller

Après Zoolander, l’acteur et réalisateur Ben Stiller nous livre une nouvelle comédie jouissive à l’humour régressif et rentre-dedans. Cette grosse farce intéresse surtout par son discours réflexif sur un système hollywoodien sans pitié pour ses acteurs. Cela sent le déjà-vu, mais Tonnerre sous les tropiques atteint une dimension inattendue grâce à la participation de Tom Cruise dans un rôle qui symbolise et transfigure à lui seul le propos du film.

Ben Stiller, acteur doté d’un vrai sens du burlesque, est devenu une figure incontournable du renouveau de la comédie américaine de ces dernières années aux côtés des frères Farrelly, Adam Sandler, Judd Apatow ou encore Mike Myers. Son amour pour les situations régressives, traitées le plus souvent au premier degré, prend toute son ampleur dans sa nouvelle réalisation qui est un déluge de gags hilarants à la bêtise assumée – la représentation sans tabous des retardés mentaux a d’ailleurs provoqué un scandale aux USA. Cette farce se montre toutefois plus fine que ce que l’on pouvait en attendre. Tonnerre sous les tropiques débute par des faux trailers qui présentent intelligemment chaque personnage. Cette introduction expose d’emblée le dispositif réflexif du métrage : il s’agit d’une œuvre sur le star-system, le récit prenant pour prétexte le tournage d’un film d’action qui vire à la débâcle. Les protagonistes – une bande d’acteurs losers en perte de crédibilité et qui cherchent à se relancer – se retrouvent projetés dans une vraie zone de conflit alors qu’ils pensaient tourner des séquences d’un film de guerre. Ce genre est alors utilisé ici comme une métaphore bien pensée du parcours du combattant pour toucher au graal : l’Oscar. Nos héros, qui semblent bien fatigués par le stress, l’alcool et la cocaïne, sont prêts à tout pour acquérir la petite statue afin d’obtenir le respect du milieu. Stiller – prisonnier d’un groupe armé qui voue un culte à Simple Jack, le personnage de demeuré mental qu’il a interprété par le passé – se voit offrir une statue de pacotille qui le rend fou de joie et lui amène enfin une reconnaissance minable mais gratifiante. Tout est résumé ici. Entre deux vannes bien placées, le réalisateur délivre un discours très drôle sur le système hollywoodien.

Bien que Tonnerre sous les tropiques désacralise le statut des acteurs – instruments d’une mécanique cinématographique implacable – il repose en grande partie sur le talent comique de ses interprètes. Le casting est dominé par un Ben Stiller excellent de candeur imbécile et un Robert Downey Jr – caricature de l’interprète de composition, devenant noir pour jouer son rôle de soldat afro-américain – toujours aussi en forme depuis sa résurrection. Il est présenté comme une star borderline qui baigne dans la drogue et l’alcool. Réflexivité toujours. L’œuvre est également parodique en se référant ouvertement à tous ces films des années 1980 qui traitent de la guerre du Viêt-Nam, tels que les inénarrables Hamburger Hill et Portés disparus ou le plus sérieux Platoon, mais il serait facile de la résumer à cela. Sous l’avalanche de gags et d’actions se cache une figure qui métaphorise à elle seule le discours de Stiller : Tom Cruise.

La thématique du film atteint son paroxysme grâce à la participation de l’une des plus grandes stars hollywoodiennes de ces vingt dernières années. Cruise – grimé en producteur vulgaire au langage fleuri – livre une prestation comique incroyable. Il est le symbole même de l’acteur qui est passé de l’adulation à une certain déclin – tout du moins en ce qui concerne son image, fortement égratignée par ses affinités avec l’Église de Scientologie, sa rupture de contrat avec Paramount et ses interviews télévisées improbables. Le voilà ici dans le rôle d’un producteur tout-puissant à la tête d’un blockbuster composé d’acteurs ringards, ce qui le confronte directement à ce qu’il risque de devenir dans la réalité. Cette mise en abyme particulièrement perverse démontre aussi que l’acteur conserve un brin de recul sur ses récents déboires. La star conclut le film par une danse finale en forme de grand bras d’honneur destiné à tous ses détracteurs ; il crie haut et fort qu’il faut toujours compter sur lui. La volonté de Cruise de réhabiliter son image peut sembler agaçante mais elle prouve le caractère ridicule du star-system américain qui oblige ses vedettes à faire dans la surenchère pour paraître toujours dans le coup. Sa prestation transporte alors le film dans une autre dimension : l’acteur qui lutte pour ne pas être oublié devient une pure figure réflexive qui nous ramène à une réalité aussi comique que tragique.

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