• Too Much Love Will Kill You

  • France, Liban
  • -
  • 2012
  • Réalisation : Christophe Karabache
  • Scénario : Christophe Karabache
  • Image : Christophe Karabache, Benoît Foucher, Johnny Karlitch
  • Son : Nicolas Magnon
  • Montage : Manu Bodin
  • Musique : Roy Abboud
  • Producteur(s) : Ali Dönmez Gül, Michaël Cinalli
  • Production : Cinémorphose Productions
  • Interprétation : Marina Kitaeva, Christophe Karabache, Joëlle Hélary, Teddy Bajenaru...
  • Distributeur : VisioSfeir
  • Date de sortie : 23 janvier 2013
  • Durée : 1h47
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Too Much Love Will Kill You

réalisé par Christophe Karabache

Marina, Russe vivant en France, quitte ses tristes infidélités et son triste couple pour devenir strip-teaseuse à Beyrouth, où l’attendent un proxénète apathique et un climat social violent. C’est la grimaçante imitation d’une détresse de carte postale : un cumul de divorce, d’alcoolisme et de prostitution, enfumé de cigarettes, décoré de cynisme toc. Nous avons le droit à tout : sexe, drogue, guerre, philosophie de comptoir ; l’accumulation de fantasmes d’ado-cinéaste tous plus vides et racoleurs les uns que les autres ne prend jamais fin, et surtout, n’est unie par aucune sorte de sens : Karabache est beaucoup trop obsédé par l’idée de faire un peu tout cela à la fois pour penser à développer quelque chose de construit. Chaque séquence fait l’amnésie des précédentes pour donner lieu à une nouvelle masturbation fétichiste et creuse : la scène de boîte, la scène de violence, la scène de réflexion sur la condition humaine… Il faut faire « cinéma radical », « enfant terrible », n’en déplaise à toute forme de cohérence : ainsi régulièrement la danseuse et son proxénète se tiennent immobiles, sans aucune autre justification à leur désœuvrement pensif que la composition d’un cadre, gageant que leur inertie recèle secrètement le sens qui manque au film. Ce serait trop facile.

Creux et poseur

Outre son approximation technique, qui au fond est toujours excusable, Too Much Love Will Kill You possède en fait tout l’attirail du mauvais film étudiant. Dialogues sclérosés, situations téléphonées, jeu outrancier ; la mise en scène est raide, dépourvue d’écriture (point de vue à hauteur d’homme, plans moyens et acteurs au milieu du champ), multiplie les clichés et les poncifs. Parfois un espoir souffle quand la caméra se libère, est tenue par les acteurs eux-mêmes, virevolte, mais c’est un leurre, une facilité dont la légèreté est fortuite.

Inutile de s’acharner : ce film est une mauvaise plaisanterie. Le prendre au sérieux est un effort mental inutile. Son abyssale immaturité est presque risible ; comme cette interdiction aux moins de seize ans due à une scène sortie de nulle part où une femme se masturbe avec une tête de brebis. Le geste, totalement inexplicable du point de vue du scénario, n’a d’autre rôle que de figer une posture de radicalité d’un vide vertigineux ; complaisante au point de se retrouver sur l’affiche du film. Goutte d’eau qui fait déborder le vase : on a mieux à faire que de perdre notre temps devant ces racoleuses gamineries.