Accueil > Actualité ciné > Critique > Too Much Pussy ! (Feminist Sluts in the Queer X Show) mardi 5 juillet 2011

Critique Too Much Pussy ! (Feminist Sluts in the Queer X Show)

Pussycat porn dolls !, par Nicolas Maille

Too Much Pussy ! (Feminist Sluts in the Queer X Show)

réalisé par Émilie Jouvet

Too Much Pussy a déjà fait le tour des festivals gay et lesbiens internationaux où il a acquis un côté culte auprès des filles et de la critique. Ce documentaire d’Émilie Jouvet a enfin les honneurs d’une sortie en salles bien méritée, qui lui permettra de s’affranchir d’une audience presque exclusivement homo. Car ce road-movie féminin, pendant sexe et queer du Tournée d’Almaric, déjoue les pièges du film communautaire autocentré pour nous apporter une joyeuse bouffée d’euphorie libertaire.

Émilie Jouvet a déjà à son actif plusieurs courts expérimentaux et surtout un long métrage, One Night Stand, incursion saluée dans le porno féminin queer [1]. Avec Too Much Pussy, la réalisatrice poursuit ses recherches artistiques et théoriques autour de la pensée pro-sexe [2]. Avec sa complice Wendy Delorme, Émilie Jouvet a ainsi créé une troupe éphémère de 7 « sluts » (référence au manifeste féministe des 343 salopes), groupe hétérogène composé de DJettes de la scène underground, d’actrices X, d’écrivaines ou de danseuses. Embarquées dans leur van, elles parcourent l’Europe pour présenter leur spectacle. Ce show inclassable est une sorte de cabaret burlesque sexuellement explicite, une auberge espagnole où les filles se désapent, confrontent leurs corps aux excitations les plus primitives, simulent l’acte sexuel, improvisent mais surtout théorisent ! Car si le spectacle flirte avec le porno, il est toujours sous-tendu d’un message politico-féministe qui évacue tout tape à l’œil et ouvre de nouvelles perspectives.

De Paris à Berlin, en passant par Bruxelles ou Copenhague, Émilie Jouvet a donc passé un été sur les routes avec ces joyeuses luronnes. Mais Too Much Pussy n’est pas pour autant un film de vacances, délire entre copines fait pour satisfaire le narcissisme de ses protagonistes. À côté des captations de performances et de quelques vignettes classées X, la force de ce road-movie est de « provoquer » des situations sujettes aux débats sur le féminisme, l’exploration de la sexualité et des genres, la vision du porno ou encore aux problèmes rencontrés par les lesbiennes pour accéder à la prévention contre les maladies sexuellement transmissibles. Comme une mise en abîme, ces séquences backstage fonctionnent elles-mêmes comme des micro-performances en plein air qui accentuent d’autant plus cette corrélation entre le « too much flesh » et la pensée toujours active. On pense notamment à ce passage poilant où la performeuse Sadie June place un spéculum dans son vagin et invite ses amies à voir son intimité ; ou encore à cette scène de massage collectif où les filles racontent ce qu’elles voulaient faire lorsqu’elles étaient petites. Quoi qu’il en soit, le propos n’est jamais lourd ni appuyé. Ici, on préfère rire et détourner les codes que de jouer aux chiennes de gardes. Il faut dire que les filles n’ont pas peur d’appeler un gode un gode (ni de joindre la théorie à la pratique, d’ailleurs) et qu’elles font preuve d’un humour et d’une ironie bienfaitrice pour faire voler en éclats tous les tabous. C’est bien là toute la saveur de ce Too Much Pussy qui, durant 1h30, tient parfaitement la longueur et gagne une universalité qui lui permet de parler à tous les publics, lesbiennes, gay ou hétéros.

Comme son titre l’indique, ne cherchez pas de garçons dans le documentaire. Avec un brun de légèreté, les rares figures masculines sont vite expédiées, toujours parce qu’elles apparaissent comme briseuses de liberté. C’est le cas de ce patron de boîte qui les somme à finir leur show et provoque une mini crise de nerfs de Wendy Delorme ; ou encore de cet employé de bar qui aimerait avoir accès aux toilettes pour hommes alors que les filles y ont créé leur loge de fortune. Au passage, Too Much Pussy en profite pour tacler une réalité de la pensée queer (pourtant née dans le sillage du féminisme) qui, tout en revendiquant la mixité, ignore certaines problématiques des femmes et des lesbiennes. Mais ce que ce documentaire prouve surtout c’est que les filles sont capables de réussir là où bon nombre de garçons échouent, à savoir trouver le juste équilibre entre le sexe, l’artistique, le politique et le militantisme. On a hâte de voir la suite – Much More Pussy – qui vient tout juste d’être tournée !

Notes

[1Le site officiel de la réalisatrice http://www.emiliejouvet.com/ propose un panorama assez complet de ses différents travaux.

[2Né aux USA, ce mouvement revendique une sexualité féminine décomplexée loin des archétypes sociaux phallocratiques. Virginie Despentes a récemment travaillé sur ce sujet dans son documentaire Mutantes.

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