Accueil > Actualité ciné > Critique > Tour de France mardi 15 novembre 2016

Critique Tour de France

© Mars Films

Dopé au vide, par Josué Morel

Tour de France

réalisé par Rachid Djaïdani

Difficile de résumer l’embarras qui nous saisit devant Tour de France, présenté à la dernière Quinzaine des Réalisateurs. C’est que le deuxième long-métrage de Rachid Djaïdani (après Rengaine, qui avait en son temps fait sensation) se révèle moins un film que l’idée d’un film. Cette idée, elle est simple : par un concours de circonstances tarabiscoté, un jeune rappeur, « Far’Hook », se retrouve à suivre les pas d’un vieux blanc tendance raciste (Gérard Depardieu) dans son voyage pour reproduire, ville par ville, chaque tableau de la série des « Ports de France » de Claude Joseph Vernet. Ces deux figures que tout semble opposer – l’un aime la peinture du XVIIIème siècle, l’autre fréquente les tagueurs du 18ème arrondissement ; l’un écoute PNL, l’autre de la variété française, etc. – vont bien évidemment se rapprocher et faire partager « leur » culture pour se rendre compte finalement qu’elles ne sont pas si éloignées l’une de l’autre. Les ficelles sont grosses, les séquences gênantes au possible (palme pour la scène de « rap contender » où Depardieu est là, planté en arrière-plan, comme incrusté dans une imagerie qui lui est complètement étrangère), mais on ne peut pas vraiment reprocher à Djaïdani de s’être fourvoyé dans ce road-movie pataud noyé sous les bons sentiments : il ne le filme au fond pas vraiment. Car si le fil narratif déployé ne sert que de prétexte à cette opposition de styles très schématique – avec pour objectif en sous-main de mettre en scène ce monstre sacré de Depardieu –, le programme en tant que tel est traité par dessous la jambe. Davantage que ce film-là, c’est un autre qui nous est donné à voir, plus informe et laborieux : une sorte d’agrégat d’ébauches de scènes entrecoupées de plans qui ressemblent aux chutes d’un mauvais court-métrage expérimental d’étudiant.

Baignant dans une lumière blanchâtre repoussante de laideur, le film marie ainsi des vignettes aussi évanescentes que fastidieuses (type : une jeune fille qui fait une bulle de savon avec ses doigts) à des plans de GoPro, smartphones, drones, qui sont supposés apporter un contrepoint poétique aux tirades mi-comiques mi-pathétiques de l’ogre Depardieu. Sauf que ces pointes d’impureté fofolle ne sont guère motivées par un goût du détour et de la distorsion : intégrées périodiquement au montage, elles ont avant tout pour fonction de combler les trous qui séparent les escales les unes des autres. Film vide dopé au vide, Tour de France marque une nouvelle étape assez triste dans la fin de carrière, plutôt chaotique, de Gérard Depardieu.

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