Accueil > Actualité ciné > Critique > Tristesse Club mardi 3 juin 2014

Critique Tristesse Club

Photo © Kazak Productions

Est-ce dans les vieilles Porsche qu’on fait la meilleure route ?, par Benoît Smith

Ce film sera diffusé le mercredi 7 décembre à 22:35 sur fr4

Tristesse Club

réalisé par Vincent Mariette

Deux frères que tout oppose sauf leur complaisance dans la « lose », un père distant décédé mais peut-être pas, une demi-sœur arrivée de nulle part, une vieille Porsche, un vieil hôtel au bord d’un lac, un lance-balles artisanal, des chiens errants, un moulage de phallus de plâtre en arrière-plan... Si l’envie nous prend de résumer Tristesse Club par une telle énumération (comme le fait, du reste, la bande-annonce), c’est bien parce qu’après la projection, il n’en reste guère que cela dans nos mémoires : un catalogue d’idées fantaisistes qui, mises bout à bout par le scénario et en musique par un clavier synthétique inspiré à la fois par Giorgio Moroder et les films de Dario Argento, tentent de constituer un ensemble plus ou moins cohérent, une histoire, un ton, un « univers » comme on dit – où en l’occurrence les chiens errants constitueraient une meute à éviter absolument. L’hypothèse de l’existence de cet « univers », d’un imaginaire singulier, est en fait surtout accréditée par les travaux précédents de Vincent Mariette, des courts métrages comme Double mixte ou Les Lézards qui ont fait le tour des festivals avant qu’il ne livre ici son premier long, et qui prétendaient déjà à la fantaisie vaguement évocatrice du mal-être de ses personnages masculins.

Le rapport entre Tristesse Club et les courts qui l’ont précédé est loin d’être négligeable, et pas seulement parce que des éléments de ces derniers (comédiens, accessoires) sont réutilisés dans le premier. Ce long métrage paraît singulièrement fragmenté, désarticulé, comme une agglomération d’éléments de courts métrages en quête de cohérence. Mariette accumule les accessoires et situations fantaisistes voire loufoques, les met en images avec des plans à l’étrangeté esthétique tapageuse rappelant Wes Anderson (à l’instar du plan d’ouverture sur des bouteilles dans une supérette), mais il ne les traite pas autrement que comme ce qu’ils sont, des accessoires de son « univers ». Plus gênant (et vrai point commun avec Anderson) : même ses personnages, au fond assez creux, se révèlent des accessoires dont le film ne compte que sur les archétypes pour avancer, à tel point que les acteurs n’ont qu’à porter paresseusement leurs rôles [1]. Ainsi Tristesse Club aligne-t-il ses scènes comme autant de sketchs s’enfilant l’un à la suite de l’autre, chacun recombinant les accessoires (transition parfois signifiée par le glissement de la caméra circulant entre les personnages) ; mais cette enfilade n’est articulée par aucun liant qui donne à cette succession une évidence autre que la marche forcée du scénario, aucune émotion qui ne soit pas aussi artificielle que ce qui la génère, aucune vie au-delà de la mécanique des situations et des dialogues. À force de tâcher de se constituer un petit monde bien cadré, baignant dans une ambiance sonore ambivalente et choisissant avec soin ses références, Mariette en oublie de raconter autre chose que sa propre habileté (relative) de recycleur : des gens, des idées, un état du monde... Tristesse, en effet.

Notes

[1Si les tics de jeu de Vincent Macaigne sont désormais clairement établis, la platitude de Laurent Lafitte (« de la Comédie-Française », nous est-il rappelé, ce qui sonne comme un trait d’ironie involontaire) laisse encore plus sceptique.

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