Accueil > Actualité ciné > Critique > Trois amis mardi 21 août 2007

Critique Trois amis

Les trois font la paire, par Sarah Elkaïm

Trois amis

réalisé par Michel Boujenah

Un trio d’amis, Claire, Baptiste et César, liés depuis l’enfance. Bonne idée de départ, qui permet à Michel Boujenah de jouer sur un rythme trinaire pour faire rebondir son récit. Maniant l’humour à petites touches pour caractériser ses personnages, et rendre son film à la fois burlesque et grave, le réalisateur entend explorer les mystères du sentiment de l’amitié. Plus léger que profond, le film, s’il sait se montrer généreux, peine à dépasser l’anecdotique.

Le début de Trois amis ne lésine pas sur les clichés. Le générique présente un album de photos sépia représentant des scènes d’enfance vécues par les trois protagonistes. Devenus adultes, les trois amis feuillètent l’album et se perdent en commentaires plutôt convenus. Pourtant, les principaux personnages ne manquent pas de ressources pour désamorcer assez rapidement cette impression de déjà-vu : Claire (Mathilde Seigner), trentenaire née sous X adoptée par une Noire, recherche ses racines et accessoirement le grand amour ; Baptiste (Kad Merad) incarne le prototype de la réussite ouvrière mais n’a pas su garder sa femme pour cause d’impuissance ; César (Pascal Elbé), souffrant d’un complexe d’infériorité dû à un manque d’amour parental, est incapable de garder un travail.

Ces trois personnages bien typés permettent à Boujenah de mettre en place un rythme trinaire qui donne parfois une impulsion au récit souvent trop linéaire. En s’appuyant sur un rythme de séparations et de retrouvailles, le réalisateur distille un humour qui, au détour de répliques bien senties, fait souvent mouche. Il confirme le talent de Kad Mérad, hilarant dans ses crises aigues de propreté (la scène du rangement de son bureau, avec essais de longueur du fil du téléphone, ou encore celle où il attend sa belle pour une partie de pêche rappellent un peu la dégaine molle de Jacques Tati). La bande-son participe aussi de l’accompagnement de ce comique de situation et de geste : le grincement des ressorts des matelas de l’usine où travaille César, sur lesquels il s’offre de drôles de parties de jambes en l’air avec la fille du patron, le couinement de la roue de vélo de César, qui n’a jamais eu le courage de passer son permis de conduire... Ces petites caractéristiques comiques font que les deux hommes parviennent à exister un peu plus que le personnage féminin. Mathilde Seigner, pourtant inattendue dans le rôle de la fille sensible et un peu timide, reste le point le plus faible de la distribution.

S’il sait faire preuve d’une belle générosité, Michel Boujenah s’en tient malheureusement à une comédie dont on devine trop vite les limites et qui se révèle assez anecdotique. Trois amis manque cruellement de chair, ne prend pas suffisamment le temps d’explorer ses personnages pour être intimiste. Reste la dernière apparition de Philippe Noiret, très diminué, dans le rôle d’un patron de garage de luxe.

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