Accueil > Actualité ciné > Critique > Un homme perdu mercredi 19 septembre 2007

Critique Un homme perdu

Désir mort, par Romain Le Vern

Un homme perdu

réalisé par Danielle Arbid

Sur le papier, deux bonnes nouvelles. Premièrement, une confirmation. Celle que l’acteur Melvil Poupaud aime se mettre en danger depuis son plus beau rôle au cinéma (Le Temps qui reste, de François Ozon) et abandonner progressivement l’univers très clos des Rohmeries et Ruizeries pour errer vers des zones très sombres. Secundo, le sujet (un photographe occidental en quête de sensations extrêmes rencontre un oriental peu volubile et se perd) qui laisse augurer une série de scènes anxiogènes où un personnage énigmatique a envie de se perdre corps et âme dans un pays lointain et profane.

Dès les premières images d’Un homme perdu, le spectateur pressent une relecture inavouée et érotique du Nocturne indien, d’Alain Corneau, avec un Melvil Poupaud dans le rôle de Jean-Hugues Anglade. Un acteur stimulant qui depuis quelque temps au cinéma n’a plus peur de son corps d’acteur (il faut voir son long métrage Melvil, inédit et seulement diffusé au festival de Cannes) et des personnages qui multiplient les expériences. Hélas, on a trop fantasmé : le résultat évoque le Manuel Poirier des mauvais jours, aligne les poncifs auteurisants et surtout se révèle incapable de traiter la substance d’un sujet qui ne demande pourtant qu’à nous percuter. Comment expliquer un tel échec ? Grande question. La réalisatrice Danielle Arbid a pourtant tous les éléments pour enregistrer le quotidien qui déraille mais semble effrayée. Déjà, elle récuse d’emblée les connotations homosexuelles alors que l’attirance bizarre entre les deux hommes semble inéluctable. Lors d’une scène, le photographe Poupaud demande à son étrange coéquipier de faire l’amour avec une femme pendant que lui est à côté et multiplie les flashs, avant peut-être de les rejoindre pour une partie de triolisme. Et il ne se passera rien. Le défilement des prostituées dans les lits d’alcôve invite à la tentation érotique mais les scènes de sexe expéditives semblent froides, plongées dans l’obscurité, répétitives et désincarnées. Non sans talent pour retranscrire une ambiance glauque et avertir de la médiocrité de ses personnages sans espoir. Peut-être que finalement Arbid voulait dès le départ traiter de frustration masculine et de mal-être ? Dommage alors que le spectateur ne comprenne ses enjeux qu’à la fin du cheminement. Car une fois achevé, il ne reste pas grand-chose du film. Normal : Un homme perdu repose sur du vide. Du vide identitaire. Du vide de sens, aussi.

D’un bout à l’autre, c’est une débandade. Tous les éléments les plus curieux semblent évidés de mystère. Tous les regards les plus équivoques, de signification. Résultat : un film d’étudiant en cinéma assez mal fichu et prétentieux qui n’assume jamais ses grands sujets (l’errance, le désir, le pouvoir de l’image, l’angoisse de se perdre, la perte d’identité) et refoule son envie de prendre des risques. Au lieu d’être un film qui « en a », voilà un film qui « n’en a pas ». Et c’est très gênant. Inconfortable. Embarrassant, souvent. Surtout lorsqu’il s’agit du prétendu réceptacle des fantasmes de la réalisatrice. Un regard féminin sur l’amitié trouble entre deux hommes aurait pu créer une sacrée tension (voir la récente réussite d’un film comme Old Joy). Si le film met le doigt de pied dans l’eau trouble, il répète des rencontres furtives sans âme et châtie ainsi toute forme de perversité pour se morfondre dans l’ennui, dense et maladroit. Dans son genre, curieux et déceptif.

Annonces