Un jour
Un jour
    • Un jour
    • (One Day)
    • États-Unis
    •  - 
    • 2011
  • Réalisation : Lone Scherfig
  • Scénario : David Nicholls
  • d'après : le roman Un jour
  • de : David Nicholls
  • Image : Benoît Delhomme
  • Montage : Barney Pilling
  • Musique : Rachel Portman
  • Producteur(s) : Nina Jacobson, Jane Frazer, Raphaël Benoliel
  • Production : Film Four International, Random House Films
  • Interprétation : Anne Hathaway (Emma Morley), Jim Sturgess (Dexter Mayhew), Patricia Clarkson (Alison Mayhew), Rafe Spall (Ian Whitehead), Ken Stott (Steven Mayhew), Romola Garai (Sylvie Cope)...
  • Date de sortie : 24 août 2011
  • Durée : 1h48
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Un jour

One Day

réalisé par Lone Scherfig

En lisant le pitch de Un jour, on pourrait croire dur comme fer à un Quand Harry rencontre Sally pour la génération Facebook : de 1988 à 2011, 23 ans de la vie de deux amis qui s’aiment sans le savoir, ou sans se le dire. Raconté sous forme de vignettes inégales, plombé par un final grotesque et putassier, le film ne décolle jamais de la bluette anecdotique malgré le charme indéniable d’Anne Hathaway. Retour à la case départ pour la réalisatrice danoise Lone Scherfig, dont on avait pourtant aimé le sensible Une éducation.

Accordons tout de même à Lone Scherfig un talent : celui du casting. Après avoir révélé la merveilleuse Carey Mulligan dans Une éducation, la réalisatrice donne un rôle en or à Anne Hathaway, actrice sympathique à la filmographie inégale, mais dont la fraîcheur illuminait déjà Le Diable s’habille en Prada, Le Secret de Brokeback Mountain et Rachel se marie. Pas farouche, la comédienne s’empare de son personnage avec une abnégation qui force l’admiration. Grâce à elle, on croit sans peine au parcours d’Emma, jeune femme mal dans sa peau qui va, au fil des ans, devenir une femme accomplie sans jamais se renier. D’autres qu’elle auraient gentiment minaudé pendant une heure quarante ; impériale, l’actrice se fond entièrement dans son personnage, lui donnant les mille et une nuances que le scénario est bien en peine de lui offrir. Elle est tout simplement sublime.

C’est peu dire que le film ne la mérite pas. Adapté d’un best-seller par l’auteur lui-même, Un jour est un éprouvant condensé de lieux communs et de situations téléphonées, qui ne parvient jamais à capitaliser sur son concept, par ailleurs sympathique : raconter une histoire d’amour et d’amitié sur 23 ans en proposant de retrouver ses protagonistes à chaque 15 juillet (jour de leur rencontre, en 1988). Si Anne Hathaway parvient à donner à sa Emma la chair qu’elle n’avait probablement pas sur le papier, Jim Sturgess ne parvient jamais à faire de son Dexter autre chose qu’une caricature de petit con qui trouvera la rédemption un peu tardivement. Parvenu, cocaïnomane et un peu crétin, animateur d’une émission télé débile, puis ruiné et cocu avant de devenir le héros romantique idéal de cette nouvelle décennie (grisonnant, barbu, restaurateur bio et papa complice), Dexter enfile les stéréotypes comme des perles sur un collier de Barbara Cartland (qui aurait probablement écrit ce genre d’histoire si elle avait eu 20 ans en 2011). Le déséquilibre entre les deux personnages plombe terriblement le film, et l’on passe la moitié du temps à se demander ce qu’Emma peut bien trouver à ce pauvre type.

Cerise sur le pompon du gâteau, Lone Scherfig et son scénariste-romancier semblent croire qu’une telle histoire ne peut prendre tout son sens qu’à l’aune d’un final larmoyant, et ne nous épargnent donc rien pour parvenir à leurs fins. C’est totalement ridicule, voire carrément abject dans la manière assez sadique qu’a la mise en scène de tirer les fils du destin de ses personnages, pris au piège des caprices de ses créateurs-démiurges. Au moins Lars von Trier avait-il l’élégance, dans un film aussi haïssable que Dancer in the Dark (sommet de cruauté et de manipulation), de ne pas se cacher derrière son petit doigt, ce que fait assez piteusement ici la réalisatrice en servant un couplet faux-cul et cul-béni sur l’expiation dans la douleur. Et en effet, ça fait un peu mal aux fesses.