Accueil > Actualité ciné > Critique > Vertiges mardi 8 février 2011

Critique Vertiges

Voyage en eaux calmes, par Clément Graminiès

Vertiges

Chơi Vơi

réalisé par Bùi Thạc Chuyên

Rares sont les films qui nous viennent du Vietnam, surtout lorsqu’ils abordent l’épineuse question de l’homosexualité féminine. Récompensé dans de nombreux festivals internationaux, Vertiges a justement les travers du film de festival (photo léchée, couleurs un peu exotiques, comédiens tous plus beaux les uns que les autres) et ne parvient pas vraiment à créer le trouble attendu sur la question du désir.

Duyen, jolie jeune femme, vient de se marier avec un chauffeur de taxi qu’elle connaît seulement depuis trois mois. Un peu plus âgée que lui mais surtout plus mature, elle va rapidement se heurter à son indifférence pour la sexualité, la laissant se consumer de désir. Mais pour une femme vietnamienne, il n’est pas aisé de formuler une frustration ou une attente lorsqu’autour d’elle, les hommes ne cessent de lui rappeler son infériorité, voire son inutilité. Dans l’entourage de Duyen erre une autre jolie jeune femme, Cam (Linh Dan Pham). Celle-ci va progressivement amener son amie frustrée à fréquenter Thô, un homme séduisant capable de satisfaire ses besoins. Mais Duyen découvre bientôt que les intentions de Cam étaient bien plus complexes et que s’y cache en fait un désir homosexuel, Thô n’étant en fait qu’un moyen de surmonter par procuration une autre frustration.

On l’aura compris : dans Vertiges, il est essentiellement question de femmes qui cherchent à dompter leur désir et à découvrir un corps fait pour l’étreinte. Pour nous en convaincre, le réalisateur ne lésine pas sur les ambiances moites et vaporeuses, propices à tous les épanchements sensuels. Les images sont léchées, les mouvements de caméra caressent des corps tous plus beaux les uns que les autres, donnant parfois l’impression qu’on feuillette une édition spéciale de Vogue sur les mystères de la beauté asiatique. Pourtant, le film vaut un peu plus que cela dans la mesure où il est ici question d’un sujet tabou et qu’il est toujours intéressant lorsqu’un cinéaste se risque à contrer les interdits d’une culture qui est la sienne : parler du désir et de la sexualité féminine, qui plus est lorsqu’elle est homosexuelle, n’est visiblement pas aisé au Vietnam, ce qui valut au film de gros problèmes de visibilité et de distribution. Maintenant auréolé d’un joli succès en festivals où il a raflé de nombreux prix, Vertiges arrive jusqu’à chez nous mais peine à susciter l’engouement espéré, se contentant en bout d’un course d’être un joli film qui a su habilement transformer un tabou en argument esthétique. C’est malheureusement trop peu.

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