Accueil > Actualité ciné > Critique > Whiteout mardi 20 octobre 2009

Critique Whiteout

Calme blanc, par Benoît Smith

Whiteout

réalisé par Dominic Sena

L’affiche du film est un trompe-l’œil. Il y a bien le visage d’une star en gros plan dessus, mais la vraie présence du film apparaît entre les lignes de ce visage : le blanc et les cristaux neigeux. C’est que le charisme problématique de Kate Beckinsale est bien en peine de rivaliser avec l’aura du décor antarctique, imposant par sa seule uniformité froide, immense et dangereuse. Whiteout, thriller polaire : argument pas tout à fait original, mais promesse d’au moins un peu d’efficacité. Les latitudes extrêmes de notre planète, avec leur blancheur presque virginale, leurs hivers éternels, leurs nuits qui durent plusieurs semaines, leurs températures constamment négatives et propres à conserver des secrets géologiques et biologiques de la planète, n’alimentent-elles pas depuis toujours la curiosité des scientifiques et les fantasmes des artistes ? La littérature fantastique (Poe, Lovecraft...) a brodé avec force imagination sur les mystères qu’ils recelaient à l’époque où l’inconnu y régnait en maître. Et le cinéma de genre, après avoir longtemps préféré arpenter ces espaces géographiques en s’inspirant de cette même littérature (La Chose d’un autre monde, son fabuleux remake The Thing...), a récemment commencé à en exploiter les singularités en dehors de cette tradition, comme dans 30 jours de nuit, qui en 2007 lâchait des vampires en Alaska dans une ambiance assez poseuse (« regardez comment on renouvelle le genre de façon élégante et branchée »).

Zéro absolu de la risque de risques

Sorte de symétrique géographique de 30 jours de nuit (même insistance sur la durée des jours et des nuits, et coïncidence ? tous les deux sont adaptés de bandes dessinées acclamées), Whiteout est un film policier dont les prémisses ont un intérêt très limité : une jeune marshal en ayant gros sur le cœur (manuel de psychologie du héros policier hollywoodien, page 128, à ajouter à celui se rapportant à l’héroïne hollywoodienne post-Alien, page 54) enquête sur ce qui semble être le premier assassinat jamais commis en Antarctique. Mais les rigueurs du sixième continent n’y sont pas pour autant qu’un beau décor, elles s’invitent de façon évidente dans l’enquête. La visibilité, réduite par la neige et le jour qui n’en est pas vraiment un, permet au tueur de ne se laisser voir de sa victime que lorsqu’il est tout près. On a bien sûr droit aux scènes attendues de chutes dans un trou caché par la neige et recelant de sombres secrets. Et dans les scènes de luttes avec l’assassin, la tempête s’invite en belligérant impromptu, prenant tout le monde à la fois et faisant l’arbitrage.

Dommage que ces imposantes manifestations ne fassent sur l’ensemble du film que l’effet d’une curiosité, impuissante à elle seule à dérouiller un peu la mécanique fatiguée du whodunit où ne se dégagent que les rebondissements et révélations sur les secrets cachés sous la neige, aux tenants et aboutissants au fond assez arbitraires et peu crédibles [1], au détriment de l’intérêt pour des personnages creux et de ceux qu’eux ou une caméra paresseuse et sans idées peuvent nous trahir sur eux-mêmes, sur le monde, sur quoi que ce soit. Que cet académisme du genre fasse de Whiteout le premier film pas trop navrant de la carrière du réalisateur Dominic Sena – faiseur de clips déjà responsable de 60 secondes chrono et Opération Espadon – la belle affaire : en lieu et place d’un film de genre à l’esthétique publicitaire et putassière redoutée, on se retrouve avec un produit à la démarche de téléfilm bien rodé qui n’agresse pas l’œil, mais ne fait pas vraiment frémir l’esprit ni quoi que ce soit d’autre. Où les divers plaisirs qu’un cinéaste peut prendre à filmer et ceux d’un spectateur à regarder sont bien sagement compartimentés pour ne pas mélanger les torchons et les serviettes : le réalisateur passe toute sa libido – et celle du spectateur – au bout de dix minutes de métrage dans une scène de Beckinsale sous la douche, et voilà, « ça c’est fait », on reste pour toute la suite dans les clous du thriller aseptisé et asexué [2] (ce n’est guère la romance obligée entre Beckinsale et le tout aussi fade Gabriel « Spirit » Macht qui épicera l’ensemble). Même en amputant son héroïne – dans une scène assez touchante, quand même –, même en offrant le rôle de l’archétypal vieux sage à un Tom Skerritt (Alien) qui survole tout le casting sans effort, Sena a bien du mal à insuffler un peu de vie à son film qui semble momifié par la rigueur du zéro absolu de la prise de risque. Whiteout, thriller polaire : plutôt du surgelé pour les soirées de disette.

Notes

[1Qui saura nous expliquer, à la résolution du film, pourquoi le tueur était aussi acharné à traquer et décimer tout ce qui bougeait ?

[2Détail symptomatique : aux deux tiers du film, l’héroïne décide, curieusement, de prendre une autre douche – mais hors champ, comme si on avait décidé qu’il ne fallait pas pousser quand même...

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