Accueil > Actualité ciné > Critique > Wolf Creek mardi 8 août 2006

Critique Wolf Creek

Pas de quoi crier au loup, par Benoît Smith

Wolf Creek

réalisé par Greg McLean

« Cruel. Insoutenable. Culte », dit l’affiche française de ce film d’horreur australien qui, en cherchant à retrouver la radicalité des fleurons les plus marquants du genre (Massacre à la tronçonneuse, La colline a des yeux de Wes Craven), voudrait entrer directement dans leur catégorie. Malheureusement, ce qui transparaît le plus à l’écran, ce sont les artifices qu’il utilise sans intelligence pour y parvenir. Qu’il en reprenne le postulat commun (un groupe de personnes partant en vadrouille dans un coin paumé baigné de soleil, et y croisant la route d’un autochtone de l’espèce la plus dégénérée qui soit) n’est pas le plus décevant. Wolf Creek n’est qu’un décalque parmi les autres, appliquant la recette à la lettre. Même le dernier plan à contre-jour du croquemitaine marchant sous le soleil nous ramène – malgré lui ? – à Massacre à la tronçonneuse. S’il n’y avait que cela, on parlerait d’un film de série inoffensif. Mais le réalisateur tient tellement à en faire une œuvre marquante et intelligente, au niveau des débuts de Wes Craven et de Tobe Hooper, qu’il ne réussit qu’à le rendre plus antipathique.

Ainsi, s’inspirant des principes de cinéma édictés en 1995 par Lars Von Trier et Thomas Vinterberg sous le nom de « Dogme », Greg McLean a-t-il tourné son film avec une caméra numérique portée la plupart du temps à l’épaule, avec tous les symptômes esthétiques trop attendus que ce choix implique : cadre tremblotant, mouvements vifs dans les moments de stress, saleté de l’image dans les scènes de terreur nocturne. Des moyens de choquer les âmes sensibles à peu de frais, avec un investissement artistique somme toute minimal. Les tremblements de la caméra ne suffisent pas à masquer la médiocrité du travail sur le cadrage, l’éclairage, le montage. Sur tous ces points, la comparaison avec les films auxquels Wolf Creek se réfère fait très mal à ce petit dernier.

« This is a knife ! »

Le personnage du croquemitaine du film pose également problème. Voulu comme « un monstre unique et inoubliable » (dixit le scénariste-réalisateur), il est le mélange assez bancal d’un profil réaliste (un passé militaire, dont il ressert les techniques de traque et de meurtre) et de raffinements de cruauté plus outrancière (voir comment le mâle du jeune groupe se retrouve crucifié de manière élaborée). Surtout, à travers lui, son auteur affiche l’intention de faire dans l’ironie moraliste. Ses références répétées (tel le fameux « This is a knife ! ») au personnage comique de Crocodile Dundee, apparu au cinéma en 1986 et devenu cliché emblématique de l’Australie profonde, montrent le désir d’affirmer son opposition aux préjugés à caractère touristique qu’on associe généralement à ce pays et à ses bushmen. Mais le procédé est balourd, et aboutit à un moralisme narquois, trop ostentatoire pour qu’on puisse croire en sa sincérité.

Difficile de prétendre au statut – douteux – de film-culte quand on est à ce point entravé par ses références narratives et esthétiques, même en tentant de faire le malin.

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