Accueil > Actualité ciné > Critique > X-Files : Régénération mardi 29 juillet 2008

Critique X-Files : Régénération

Des retrouvailles agréables malgré tout, par Ariane Beauvillard

X-Files : Régénération

X-Files : I Want to Believe

réalisé par Chris Carter

Les admirateurs des petits hommes verts et de l’humour grinçant de Mulder attendaient avec impatience mais non sans défiance le deuxième rejeton cinématographique de la célèbre série des années 1990 : si l’humour est au rendez-vous et une certaine forme visuelle également, Chris Carter s’est bien trop peu soucié de son scénario pour contenter les déçus de l’absence de vie extra-terrestre sur Mars.

Que l’on prévienne les amateurs d’ovnis et de créatures de Roswell modernisées, il ne s’agit pas d’aventures extra-terrestres dans ce film qui n’est ni vraiment plus ni vraiment moins qu’un épisode à part entière des X-Files. L’ouverture d’X-Files : Régénération (titre pompeux traduit de l’anglais I Want to Believe qui transmettait bien plus intelligemment l’idée du retour de Mulder -qui possède une affiche sur laquelle était inscrite la fameuse sentence- que la traduction française bionique et ridicule) est plutôt surprenante ; elle ne manquera d’ailleurs pas d’émouvoir les fanatiques dès que les premières fameuses notes du générique s’emballent : jouant des données temporelles et des suppositions directes du spectateur, Chris Carter met en parallèle deux scènes, l’une montrant l’attaque d’une femme par un homme dont on ne verra que la cigarette -référence au « smoking man » de la série-, l’autre mettant en scène une battue d’agents du FBI dans la neige recherchant un corps. Le parallèle habile place l’événement et l’enquête sur le même plan sans rendre compte tout de suite du décalage dans le temps, et dans l’intrigue, des deux introductions. On retrouve ici l’habileté de Chris Carter qui n’avait pas réalisé le premier film X-Files en 1998 pâtissant effectivement d’un manque de construction et d’originalité visuelle criant.

Un agent du FBI disparaît donc dans un paysage blanc et froid : un pédophile a des visions de son enlèvement. Incapables d’expliquer ce phénomène de la part d’un repris de justice moralement peu irréprochable, les agents Whitney et Drummy en appellent à la bonne vieille équipe virée du FBI quelques années plus tôt pour manquement aux règles de l’institution : Fox Mulder et Dana Scully. Tandis que la seconde a embrassé « définitivement » sa carrière de médecin, le premier s’est enlisé dans une déception de la vie et dans son échec professionnel. Ne tirant pas de trop sur la corde de l’attente d’une réapparition à l’écran des deux acteurs, Carter emploie plutôt la méthode humoristique : les connaisseurs de la série retrouveront la fâcheuse tendance de Mulder à envoyer des crayons sur le plafond, et surtout un personnage ironiquement en bout de course. Homme des cavernes, Mulder ne s’est visiblement pas rasé depuis quelques mois, traîne ce qui lui sert de corps comme un poids mort, ce qui permet à Chris Carter de s’amuser de son personnage un peu vieilli qui ne court plus aussi rapidement qu’avant, et qui ne sauve pas la planète très vaillamment. Coquetterie, originalité de scénario, l’un des pivots du scénario (l’agent Whitney) disparaît rapidement de l’intrigue. Une autre originalité est plus intéressante, le « méchant-qui-n’est-pas-vraiment-méchant-parce qu’il-aide-Mulder-et-Scully-dans-l’enquête » est tout de même un pédophile en série qui tente de se "racheter" une conduite : loin du manichéisme habituel des films à sensation, celui-ci a le mérite de naviguer entre le franchement politiquement incorrect et le glauque le plus total.

Chris Carter restitue assez talentueusement l’image un brin salie, un brin floue, de la série, passe au cinéma avec beaucoup d’humour sur ses personnages, héros essoufflés et sur la situation de l’Amérique sous un certain G.W. Bush, mais a clairement bâclé son scénario : les personnages secondaires ressemblent en tous points aux héros de séries policières de FBI : portés disparus, NCIS et consorts ; on ne croit plus tellement à l’intrigue du médium pédophile. Plus grave, les cassures de rythme incessantes portent gravement atteinte à la fluidité du film, laissant parfois le fanatique des aventures de Mulder et Scully dans un ennui ponctuel mais récurrent. Chris Carter semble avoir bien plus misé sur le plaisir des retrouvailles des compères, sur son propre plaisir à mettre en scène ces derniers, que sur la construction complète d’un film. Et c’est bien dommage car tous les ingrédients d’un bon film à suspense et d’un retour intelligent de Chris Carter -qui ressemblait au départ à un coup de pub mais montre une fois n’est pas coutume un talent réel- étaient présents. Les fans seront déçus de ne pas voir d’extra-terrestres, les novices ne comprendront pas toutes les références à la série, ce qui fait d’X-Files : I Want to Believe un film entre deux eaux, imaginatif mais sans grande écriture... et laissera espérer, dans dix ans, un nouvel épisode aussi drôle et intrigant, mais bien mieux préparé.

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