Accueil > Actualité ciné > Critique > X-Men : Apocalypse mardi 17 mai 2016

Critique X-Men : Apocalypse

Vous reprendrez bien un peu de fin du monde ?, par Adrien Dénouette

X-Men : Apocalypse

réalisé par Bryan Singer

Dans la foulée du méta-match en double Batman/Superman versus Captain America/Iron Man (soit : DC contre Marvel), et alors que les regards sont logiquement tournés vers Cannes, le discret X-Men : Apocalypse de Bryan Singer, 234 millions de dollars au compteur, passerait presque inaperçu. De quoi se demander si cinquante-deux mercredis par ans suffiront à insérer les multiples échéances d’un genre plus que jamais inusable. Ce n’est pas que l’on soit contre, les morveux d’aujourd’hui rumineront sans doute leur Iron Man d’enfance avec le même regard vitreux que quand on se mate, disons, Over the Top un lendemain de cuite, mais manque au super-hero movie quelque chose d’essentiel au compostage définitif de son hégémonie culturelle : des stars. Cela dit, à l’heure du virage vers l’union sacrée des héros – fil conducteur des trois mastodontes printaniers, dans le sillage des succès d’Avengers –, la décapitation des têtes d’affiches n’est peut-être pas une coïncidence.

Niveau vedettes, malgré son casting cinq étoiles, ce n’est pas cet X-Men : Apocalypse qui nous fera dire le contraire. Paradoxe en apparence : car malgré sa palanquée de noms flatteurs, aucuns des Fassbender (qui, passé son quart d’heure tragique, semble errer en se demandant ce qu’il fout là), Jennifer Lawrence, James McAvoy, Oscar Isaac ou Hugh Jackman n’y brille. Chacun vient docilement s’amalgamer dans une pelote de sous-intrigues interdisant la petite marge performative qui avait mise, à titre d’exemple, le Tobey Maguire des premiers Spider-Man sur orbite. À cela, on le sait, deux causes : la première, prosaïque, réside dans la surenchère consécutive à l’épuisement du catalogue de personnages individuels ; la seconde, idéologique et partiellement enchevêtrée à la première, tient à la vogue des films de bande – squads, crews, teams, bref, à la convergence démocratique des égos (pour ne pas dire des luttes, si si). C’est pourquoi l’ère Obama, bien plus que celle de Bush qui les avait vus naître, commandait logiquement le retour des X-Men : cette communauté de parias divisée en deux camps, opposant d’un côté les pacifistes sous l’égide de Charles Xavier, et de l’autre la vengeance fascisante dans le giron du belliqueux Magneto (relecture comics des deux facettes du militantisme noir : Luther King contre Malcolm X). Depuis 2008, à Hollywood, l’heure n’est donc plus aux exploits personnels du Batman de Nolan (héros droitier du registre qui disparaît dans l’entre-deux mandats d’Obama) ; l’époque est au repli stratégique et à l’union des forces en présence – comprendre : de toutes les communautés. Or, ce qu’il y a de bien chez les X-Men, c’est qu’à la différence de la franchise Avengers – qui ne sait plus dans quelle galaxie fouiner ses terroristes intersidéraux –, le péril vient toujours, lucidement, de l’intérieur.

Intérêt gâché

C’est ainsi qu’en nouant le destin du genre à celui de la nation toute entière, cet X-Men : Apocalypse s’avère, à l’instant « t » de sa sortie, plus intéressant que prévu : soit le réveil d’un Prométhée (Sabah Nur, père des X-Men, jadis trahi par les hommes) qui, constatant que personne ne croit plus en lui, se voit contraint de narrer sa propre légende – voilà pour le destin du film de super-héros, condamné à remâcher sa mythologie comme un chewing-gum usagé, au risque, à terme, de la rendre insipide. Or, ici, le projet de tabula rasa de notre bad guy (Oscar Isaac, méconnaissable sous ses postiches pourraves façon « Teal’c » dans Stargate) vient se heurter au leadership du Professeur Xavier, parvenant à rallier tous les X-Men à sa cause. En plein cœur des primaires américaines, c’est peu dire que ce jaillissement d’une menace intestine trouve dans l’élan solidaire affiché contre Trump (figure séminale du golden boy érigée en menace contre la démocratie) un reflet criant de ressemblance. Et c’est comme ça que les blockbusters trouvent encore grâce à nos yeux : à défaut d’émerveiller, ils suscitent un petit intérêt d’exégète. Pour autant, personne n’est dupe, et à supposer qu’il en ait eu conscience, aucune intuition ne dispensait Bryan Singer de faire un bon film.

Problème : depuis Avengers, les récits de super-héros next gen appliquent tous la même recette. X-Men : Apocalypse se contente ainsi de refaire le précédent en plus monumental (X-Men : Days of Future Past, pourtant déjà goinfre), avec compile de clins d’œil – l’histoire se passe en 1983, au moment du Retour du Jedi – et bricolage all inclusive de pop-culture. Au point de s’ouvrir sur un péplum égyptien, d’envoyer mille faire-part à George Lucas, de looker ses protagonistes en punks à chiens, de faire de « Mystique » une Angela Davis pour mutants et d’orchestrer un climax complètement foireux dont le bouquet final, sorte de Kaméhaméha façon Sangohan, ressemble tellement à l’épilogue du combat contre « Cell » qu’on se demande si la référence à Dragon Ball Z est si fortuite que ça... Bref, appuyé sur un foutoir de béquilles citationnelles, le métissage finit fatalement par tourner à vide. Limite à quoi s’ajoute ce drôle de programme biblico-bordélique, également commun aux deux films cités en intro, consistant à bousiller deux bonnes heures d’installation méthodique (déroulement soigné des enjeux et close up sur les drames intimes de chacun – segments, ici, plutôt convaincants) par un destruction porn vomitif en diarrhée d’images de synthèse. Difficile de dire ce qui est pire entre ça et l’esprit de connivence, obtenu à grand renfort de blagounettes auto-parodiques, dont Deadpool s’est récemment fait la coqueluche. Car, quoique modérée, l’allégeance de Bryan Singer à cet esprit du temps (beurk) est d’autant plus regrettable que sa série des X-Men a toujours été l’une des rares à équilibrer la déception systématique des bouquets finaux par un univers plus réaliste et contrasté que la moyenne – mélange de teen movie et de beat’em all en bunkers décrépis, qui la détachait un peu du lot. Mais cette fois-ci rien n’y fait, et sous l’enrobage d’origine, parsemant çà et là ses petites touches de noirceur, le film a bien le goût de son époque : celui, justement, d’une énième pâtée pour fanboys.

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