Accueil > Actualité ciné > Critique > Young Adult mardi 3 avril 2012

Critique Young Adult

The bitch is back, par Fabien Reyre

Young Adult

réalisé par Jason Reitman

C’est l’histoire d’une fille trop jolie qui, détestable au lycée, est devenue un monstre de cruauté quelques années (et échecs) plus tard. Mavis Gary écrit des bouquins pour ados à Minneapolis. Elle est belle à se damner, et seule à crever : ses journées, entre gueule de bois, glande intégrale et coups d’un soir, se ressemblent toutes et l’emmènent lentement vers l’enfer de la dépression. Lorsque son ex-petit ami de lycée lui envoie le faire-part de naissance de sa fille, Mavis décide d’embarquer pour le bled qu’elle a quitté quelques années plus tôt et de reconquérir celui qui pourrait être la promesse de ce bonheur qui lui a échappé.

Les retrouvailles de Jason Reitman (le réalisateur) et Diablo Cody (la scénariste), après le succès public de Juno, scellent l’alliance de deux représentants peu glorieux d’un cinéma américain qui se voudrait un pied dans le système hollywoodien (les stars, le budget, la campagne promo), l’autre dans une posture indé de pacotille, faussement cool et branchée, dont l’impertinence factice dissimule avec peine un discours grassement beauf et réac’. Juno, déjà, narrait avec une terrifiante candeur la grossesse non désirée d’une ado ; In the Air s’intéressait avec morgue aux turpitudes sentimentales d’un pauvre type chargé d’orchestrer des plans de licenciements massifs. Les deux films, sous prétexte de rendre compte avec humour de la réalité sociale d’un pays en plein effondrement, ne faisaient en réalité que se vautrer dans une pathétique célébration des valeurs familiales et institutionnelles d’une Amérique en chute libre.

Salope, mode d’emploi

Young Adult ne vaut pas mieux. Son héroïne est décrite d’emblée comme la caricature de la grenouille qui a voulu se faire plus grosse que le bœuf : en quittant le trou paumé où elle n’avait clairement aucun avenir, Mavis Gary s’est crue plus maline que ses pairs. Elle le paiera du début à la fin du film : pas une ligne du scénario pour lui laisser une chance, pas un plan sur le visage de Charlize Theron, dévoré par la colère et l’aigreur, pour laisser entrevoir une alternative à son triste destin. À l’inverse, les gentils ploucs que l’héroïne retrouve à contre-cœur se gargarisent de la simplicité de leurs choix de vie, en opposition constante à la punition sociale infligée à l’ambition « dévorante » (vouloir s’élever intellectuellement, matériellement et socialement) de cette « psycho prom bitch » unanimement détestée par tous.

L’époustouflant talent de Charlize Theron, qui parvient par on ne sait quel miracle à sortir grandie d’un rôle aussi ingrat, n’est hélas pas suffisant pour insuffler au film ce qui lui fait le plus défaut : de l’empathie. La rédemption de l’héroïne ne sera que temporaire : en repartant encore plus amochée qu’à son arrivée, la bad girl paye finalement pour son excès d’ambition. L’on repense alors avec nostalgie à Robert Altman, maître dans l’art de brosser avec une férocité certaine ses contemporains (comme dans le splendide Short Cuts) en leur offrant ce qui fait cruellement défaut à Jason Reitman : le regard d’un cinéaste qui a pris le temps d’observer le monde qui l’entoure.

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