Accueil > Actualité ciné > Critique > Zoom mardi 7 juin 2016

Critique Zoom

Tout est une copie d’une copie, d’une copie…, par Ursula Michel

Zoom

réalisé par Pedro Morelli

Scénariste brésilien pour la télévision, Pedro Morelli s’attache avec Zoom à réaliser un projet ambitieux : trois récits enchevêtrés mêlant prises de vue réelles et animation. Sorte de poupées russes narratives, le film transfigure les notions de fiction et de réalité, de drame et de comédie avec légèreté et originalité.

Emma (Alison Pill), conceptrice de poupées gonflables luxueuses, profite de son temps libre pour assouvir sa passion pour la bande dessinée. Cernée d’hommes peu attirants, elle croque à longueur de pages un jeune réalisateur charmant nommé Edward (Gael García Bernal). Celui-ci bataille pour avoir les coudées franches sur le tournage de son nouveau film. Il y est question de Michelle (Mariana Ximenes), une jolie mannequin bien décidée à se lancer dans l’écriture de son premier roman, l’histoire d’une jeune conceptrice de poupées gonflables.

Au cœur de la machine fictionnelle

Emma, Edward et Michelle constituent donc chacun un chapitre distinct, avec ses règles et son esthétique. Comédie romantique qui tourne au polar, dessin animé absurde à la colorimétrie saturée et drame existentiel en pleine nature, Zoom parvient à changer de ton et d’ambiance sans jamais se départir d’une étrange homogénéité. Si les récits apparaissent de prime abord très étanches les uns vis-à-vis des autres, compte tenu de leurs intrigues a priori disparates, la mécanique créative d’Emma qui engendre Edward, lui-même accoucheur de Michelle prend progressivement le pouvoir. En abandonnant toute tentative d’explications plus ou moins réalistes pour plonger dans les arcanes du processus démiurgique de l’artiste (pictural, cinématographique ou littéraire), Pedro Morelli débride son cinéma, l’entraine sur des territoires fascinants.

L’interrogation permanente sur l’identité du créateur initial de cette triade romanesque irrigue Zoom. La question de l’origine des récits, si tant est qu’un Deus ex-machina existe bel et bien, ne trouve toutefois pas de réponse définitive. Refusant de trancher la binarité classique du réel vs la fiction, le réalisateur fait un pari audacieux, décontenançant, déceptif et pourtant poétique. Les héros de papier et de celluloïd tracent leur route jusqu’au télescopage attendu, peu ou prou conscients de leur essence fictive. « La vie est un songe » disait le dramaturge espagnol Calderón, Zoom pourrait être une relecture de cette pièce en version technicolor, grotesque et sublime, ambitieuse et inachevée.

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