Appel au boycott, par Sepideh Farsi

    Appel au boycott, par Sepideh Farsi

    S’il y a un privilège à avoir vécu toutes ces années d’exil et de pratique de cinéma à distance, avec toutes les déchirures que cela comporte, ce serait sûrement de pouvoir, aujourd’hui, clamer haut et fort, ce que beaucoup de mes confrères et compatriotes iraniens ne peuvent dire.

    Dire que la pratique du cinéma est inconcevable dans un pays où les cinéastes sont condamnés à des peines de prison et à l’interdiction de faire des films (Jafar Panahi et Mohammad Rassoulov), emprisonnés et torturés (Mohammad Nourizad) ou enfin,réduit au silence. Où les avocats et activistes sont condamnés pour défendre les plus démunis : l’activiste Shiva Nazar-Ahari, condamnée à 4 ans de prison et 74 coups de fouets, l’avocate Nasrine Sotoudeh à 11 ans de prison et 20 ans d’interdiction d’exercice de son métier !

    Dire que la libre pratique de toute forme d’expression artistique ou culturelle est impossible dans un pays qui bat tous les records en nombre de journalistes emprisonnés et où l’on publie officiellement des « listes noires » d’écrivains et éditeurs subversifs. Listes qui comportent le nom de ses plus talentueux auteurs et ses meilleurs éditeurs.

    Dire que le peuple iranien est sous le joug d’une des pires dictatures qui existent aujourd’hui et qu’il traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Que l’air y est devenu « irrespirable » dans tous les sens du terme, que ce soit à cause des gaz toxiques rejetés par la combustion de l’essence de mauvaise qualité produite par l’Iran ou par l’absence de liberté.

    Qu’en un mot, mon pays se meurt à petit feu !

    Alors, je m’adresse à vous, artistes, penseurs, citoyens du monde libre et je vous demande, au nom de tous mes confrères iraniens (qui ne peuvent se joindre à moi officiellement pour des raisons évidentes) de vous abstenir de cautionner le régime iranien en participant à des manifestations organisées par les instances officielles du pays (tel le festival de Fajr) et qui n’ont lieu, cette année plus que jamais, que pour feindre une normalité qui n’existe plus en Iran.

    Ceci n’empêche pas d’autres manifestations de solidarité envers le peuple iranien qui en a grand besoin. Bref, il faut cesser tout commerce avec ce régime !

    Je garde le vif espoir que l’élan qui secoua mon pays en 2009 porte ses fruits dans un avenir tout proche.

    Sepideh Farsi, réalisatrice