Accueil > Autres pages > Editoriaux > Coup de projecteur sur la Tunisie mardi 18 mai 2010

Editoriaux Coup de projecteur sur la Tunisie

par Clément Graminiès

Coup de projecteur sur la Tunisie

Plutôt rares dans les salles obscures, les réalisateurs tunisiens voient deux de leurs longs-métrages sortir simultanément en France au moment même où, hasards du calendrier obligent, tous les regards sont braqués vers Cannes. Si le 12 mai, Mehdi ben Attia, installé en France depuis ses études, a ouvert les festivités avec son film Le Fil (que nous n’avons pas défendu dans nos colonnes), c’est surtout la réalisatrice Raja Amari qui retient notre attention cette semaine en voyant son très beau Les Secrets connaître les faveurs d’une distribution française après un passage remarqué au dernier festival de Venise. Ces deux films, incomparables sur le plan formel, sont au moins les témoins d’une volonté de faire du cinéma tout en abordant des thèmes épineux dans la culture tunisienne : l’homosexualité masculine pour l’un, les tabous liés à la sexualité des femmes pour la seconde. Essentiellement réalisés à l’aide de capitaux étrangers et tournés parfois dans des conditions difficiles (la production du Fil a obtenu très difficilement les autorisations de tournage compte tenu de son sujet), ces deux films sortis simultanément cachent difficilement la situation dans laquelle se retrouve aujourd’hui la Tunisie : une quinzaine de salles dans tout le pays pas toujours en très bon état, une audience qui se raréfie au profit du DVD pirate et du téléchargement illégal et, paradoxalement, plusieurs écoles de cinéma à Tunis et une envie de cinéma de la part des étudiants qui les peuplent. Reste à savoir si le gouvernement saura reprendre en compte cet espace et ainsi permettre aux exploitants et aux producteurs d’investir à nouveau ce terrain aujourd’hui sinistré.

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