Accueil > Autres pages > Editoriaux > Le César du meilleur mort est attribué à… mercredi 3 mars 2010

Editoriaux Le César du meilleur mort est attribué à…

par Matthieu Santelli

Le César du meilleur mort est attribué à…

Comme il se doit, la 35ème cérémonie des Césars a fait un triomphe au film de Jacques Audiard, Un prophète. Le palmarès, dans l’ensemble, fut relativement fidèle à la conception du cinéma que défendent chaque année les « professionnels de la profession ». La cérémonie, elle, fut tout aussi navrante que les précédentes, avec son lot d’humour douteux, d’amateurisme dans son dispositif, de remerciements maladroits… Seuls deux moments un peu dignes s’y sont distingués : d’abord l’émotion vibrante et humble de Tahar Rahim, pas encore infecté par le star-system, surtout quand on le compare aux larmes de crocodile d’Isabelle Adjani qui n’a pas manqué de rappeler en récupérant son prix qu’il s’agissait là de son 5ème César. Puis les extraits des films d’Éric Rohmer, lors d’un hommage assez fade, qui ont soudainement montré, par le décalage qu’ils provoquèrent avec les paillettes et les bulles de champagne ambiantes, à quel point ces cérémonies sont à des années-lumière de ce qu’est fondamentalement le cinéma. Sous le regard sévère du cinéaste projeté en grand sur scène, les images de ses films opposèrent une résistance intraitable à ces jeux d’auto-félicitations obscènes en refusant de s’y greffer, rappelant que si la France n’est pas douée pour les shows, la force de son cinéma réside dans cette distanciation qui lui permet de filmer des gens en train de faire leur show. Rohmer ce soir-là sembla plus vivant que tous ces représentants vivants d’un cinéma mort.

Annonces