Accueil > DVD & livres > DVD > New Wave mardi 12 janvier 2010

DVD New Wave

A Question of Time, par Clément Graminiès

New Wave

réalisé par Gaël Morel

Cinquième long-métrage réalisé par Gaël Morel, New Wave est le seul à faire l’objet d’une commande de télévision et à ne pas être sorti sur les écrans français. Récit d’une amitié fusionnelle entre deux adolescents au début des années 1980, le film est une jolie chronique d’apprentissage qui, paradoxalement, manque souvent de passion.

Projet commandé par la chaîne de télévision Arte, New Wave est donc le cinquième long métrage de Gaël Morel et succède à Après lui, film mal aimé sorti en 2007. Habitué des personnages un peu borderline, l’ancien acteur révélé par André Téchiné dans Les Roseaux sauvages ne déroge pas à la règle avec cette chronique adolescente sur deux jeunes garçons que tout oppose a priori et qui vont finalement vivre une amitié fusionnelle au début des années 1980. Éric est rêveur, solitaire et vient d’un milieu particulièrement modeste où il est difficile de construire son intimité tandis que Romain est l’enfant choyé d’une mère trop proche de lui (Béatrice Dalle) et s’affiche fièrement auprès de ses camarades en arborant un look de rebelle. Tous deux vont se découvrir une passion commune : la musique et plus précisément celle issue du mouvement New Wave du début des années 1980 et dont Depeche Mode reste à ce jour l’un des plus beaux représentants.

Mais plutôt que de s’intéresser vraiment à ce mouvement culturel porteur d’un discours social fort et de s’interroger sur l’impact de celui-ci sur les adolescents de l’autre côté de la Manche, Gaël Morel va plutôt se focaliser sur la manière dont la New Wave va nourrir ces deux adolescents en mal de repères se construisant progressivement une identité grâce au mimétisme et à l’identification. Éric envie la vie aisée de Romain qui lui-même ne vit qu’en imitant ses idoles et en singeant leurs tubes. Tout au long du film (plus brusquement au milieu), on voit comment Romain n’est en fait qu’un prétexte pour Éric qui n’assume pas totalement son désir d’émancipation face à une famille dont il a honte. Parti-pris du réalisateur ou faiblesse de scénario, la force des rapports entre les deux adolescents n’est pas assez palpable pour que l’on puisse se rendre compte du séisme vécu par Éric lorsque son amitié pour Romain est totalement bouleversée par des événements inattendus. Étrangement, Romain, qui est pourtant l’objet de toutes les fascinations, glisse sur le film et n’accroche que rarement, généralement dans le regard ambigu d’une mère trop protectrice et qui accepte que son fils l’appelle par son prénom.

Si le spectateur accepte que cette partie du film reste finalement un hors champ propre à toutes les interprétations, alors il pourra s’intéresser au parcours plus riche d’Éric, adolescent normalement mal dans sa peau qui voudrait sortir de la médiocrité de son existence. Si l’on devine bien facilement la naissance en filigrane du cinéaste (et auquel Gaël Morel s’identifie très certainement) avec les passages obligés que cela comporte (avec plus ou moins de bonheur), c’est probablement en creux que se dessinent les plus jolis moments du film : le maquillage d’une petite sœur, l’embarras devant la présence d’une mère pourtant soucieuse de bien faire, la rencontre fortuite d’un frère rêvé à qui l’on pourrait dire plus qu’on ne pense, ce sont toutes ces scènes qui font l’humble force d’un téléfilm qui n’avait pas rencontré son public lors de sa première diffusion en 2008 et qui n’est pourtant pas ce que la télévision a de pire à nous offrir, loin de là.

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