Accueil > Panorama > Festival > Berlinale 2012 > Modest Reception vendredi 17 février 2012 11:30

par Julien Marsa

Forum

Modest Reception

Paziraie Sadeh

critique: Modest Reception
réalisé par Mani Haghighi

Voici un petit film iranien pour le moins désarçonnant, ne serait-ce que par le fait qu’il ait réussi à passer à travers les mailles de la censure et que son réalisateur, présent à la Berlinale, n’ait pas été jeté au trou par le régime. Peut-être que la dimension métaphorique et politique du récit leur a échappé ? On a du mal à y croire, voyez par vous-même : un couple de riches Iraniens décident de se rendre dans le no man’s land qui constitue la frontière entre l’Iran et l’Afghanistan. Las de leur richesse, ils ont pour projet de distribuer d’importantes sommes d’argent aux quelques pékins qui peuplent cette endroit, dans un geste à la fois désintéressé et provocateur. La tâche va s’avérer plus ardue que prévue, et va voir leurs mœurs progressistes se heurter au conservatisme ou à l’opportunisme des uns et des autres.

Le postulat presque beckettien de ce road-movie au ralenti, sorte d’Odyssée absurde, implique une succession de rencontres sans véritables liens, si ce n’est qu’elles constituent chacune un thème de réflexion, dans un désir apparent de faire un peu le tour du propriétaire, et de pointer les dysfonctionnements de la société iranienne. Ce systématisme rend le film un brin théorique et bavard, même s’il aborde des sujets aussi variés que la charité, la propriété, le mariage, la religion, la mort d’un proche, le rapport conflictuel avec l’argent, la morale, etc. Mais Mani Haghighi fait preuve d’un joli culot tout au long de son film, ne s’embarrassant pas des convenances et jette un petit pamphlet à la fois comique et grave dans la mare.

Le film tient surtout à la qualité de ses deux interprètes (Taraneh Alidoosti et Mani Haghighi himself), et à cette façon avec laquelle le réalisateur joue sur le rythme, entre brusques accélération et surplace, colères des personnages et accablement. La première séquence du film démarre d’ailleurs sur les chapeaux de roue, par une fausse dispute dantesque entre les deux protagonistes face à un soldat médusé. La partition free jazz du générique donne ensuite directement le ton d’un film lancé vers des horizons incontrôlables, et dont un certain goût pour la provocation le rend tour à tour réjouissant et agaçant. Mais ce n’est pas le moindre des mérites que de tenter de secouer le spectateur car, comme dirait l’autre, il finit toujours par en tomber quelque chose.

Berlinale 2012
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