Accueil > Panorama > Festival > Berlinale 2012 > Piégée jeudi 16 février 2012 19:30

par Théo Ribeton

Wettbewerb – Hors compétition

Piégée

Haywire

critique: Piégée
réalisé par Steven Soderbergh

Nous ne sommes plus qu’à quelques encablures de la fin du festival, et les premières impressions générales commencent à se dessiner. Notamment, au niveau de la sélection officielle, le sentiment d’une certaine platitude : plusieurs films non pas ratés, certes, mais juste très anodins, presque déjà oubliés – Dictado, Was Bleibt. À la lumière de ce début de bilan, nous sommes entrés à petits pas à la projection de Haywire : un casting de stars (Ewan McGregor, Michael Fassbender, Antonio Banderas...), un réalisateur aguerri au genre, bref, tous les ingrédients d’un film d’espionnage plan-plan étaient réunis. Le scénario est des plus typiques : Mallory Kane, une tueuse professionnelle, est subitement lâchée par sa hiérarchie ; devenue proie, elle doit remonter le fil de ses amis-ennemis pour comprendre qui veut sa mort et pourquoi.

Sous des airs extrêmement policés, le film de Soderbergh est porté par une direction artistique assez inattendue. Le travail du son, en particulier, est étonnamment sourd et feutré. Haywire est jalonné de longs silences, ou presque : souvent l’occasion de composer une bande de bruitages délicieusement subtile, à l’origine d’une vraie tension (on pense notamment à une scène de début de traque où les éléments viennent comme des notes de musique inaugurer des potentielles menaces : une voiture, des pas, des paroles).

Le rythme, très ralenti par la musique, installe une posture distancée du cinéaste par rapport à son genre, où le spectateur, au lieu d’être embarqué dans l’action, la lit comme un prétexte, une convention. Narré en flashback sur une bonne partie, Haywire semble s’engager dans une approche assez hallucinatoire de l’espace et du temps (à l’échelle d’une simple scène, Soderberh emploie à l’occasion des effets d’accélération plutôt déconcertants), tiraillée entre une forme générique du genre qui constitue le passé, et une froideur du présent. L’intrigue devient tentaculaire ; elle désoriente le spectateur au milieu d’un labyrinthe de lieux emblématiques du film d’espionnage sortis de nulle part : paysages urbains, hangars d’aéroport, plages crépusculaires, manoirs opulents, échappées exotiques…

Le casting, quant à lui, est peuplé de contre-emplois (Ewan McGregor en chef de compagnie de sécurité privée), de surprises (Channing Tatum, qui déchausse peu à peu ses gros sabots de boule de muscle de service), et même d’éléments frisant le second degré (Michael Fassbender, bassement nié malgré sa stature d’acteur parmi les plus bankable de la planète actuellement). Encore une fois, il s’agit bien de s’amuser du décalage, de désorienter. Même s’il ne déconstruit par son genre – les personnages sont bien investis des postures habituelles –, Haywire le revisite par le biais d’une délicieuse distance. S’apparentant volontiers à une rêverie dans l’univers du film d’espionnage, il est traversé par une forme de mélancolie, une étrange impression d’absence. Un fossé s’étend entre l’intrigue, les personnages, et la mise en scène ultra-distancée, presque nonchalante, de Soderbergh. Au sommet de cette nonchalance, un combat final à peine évoqué, où la caméra, peu à peu, s’éloigne, préfère filmer la mer. Bientôt, nous n’entendons presque plus les coups de poings, si ce n’est comme une musique lointaine.

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