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L’Étrange Petit Chat

Das merkwürdige Kätzchen

réalisé par Ramon Zürcher

Nous avons suffisamment grogné, durant cette Berlinale, contre le manque d’audace et de parti pris fort au sein des films allemands que nous avons pu voir, pour reconnaître la grande qualité et la cohérence de celui-ci. Das merkwürdige Kätzchen est placé sous le sceau du quotidien, et se propose de suivre une journée typique de week-end (un samedi) d’une famille allemande. Le film se déroule en grande partie dans l’appartement de la famille, et notamment dans la cuisine, lieu d’échanges et de circulation.

Das merkwürdige Kätzchen procède d’une écriture par petites touches, s’attachant particulièrement aux détails qui ponctuent la vie d’une famille dans un intérieur clos (un verre qui tombe et se brise, le regard perdu du chien), tous ces épiphénomènes qui fondent la vivacité de notre monde et que l’on finit, par habitude, par ne plus voir. Le film porte donc un regard neuf et attentif, et laisse souvent l’action hors champ pour s’attacher à sa périphérie, à-côté essentiel qui cimente notre réalité, en usant du plan fixe avec une grande maîtrise. Ainsi, le centre de l’action n’est bien souvent pas les personnages mais un objet, point de fixation autour duquel les personnages gravitent.

La promiscuité de cet appartement donne alors lieu au récit de petites anecdotes entre les personnages, qui offrent de charmantes bouffées d’air dans la narration, et donnent l’occasion de sortir de cet espace clos. Das merkwürdige Kätzchen est donc un film bien rôdé, une jolie petite mécanique qui pourrait virer à l’exercice de style un peu vain, s’il n’avait pas la grande sagesse d’accueillir en son sein toute une ribambelle d’animaux, qui provoquent d’heureux accidents et empêchent le tout de se figer dans une posture rigide. Et chemin faisant, Das merkwürdige Kätzchen, sans faire appel à un récit signifiant, dresse le portrait d’une famille de la classe moyenne allemande, orchestrant avec brio leur circulation en une chorégraphie du quotidien qui se teinte d’une certaine désillusion du présent. Le jeu très nuancé et minimaliste des acteurs permet de projeter en eux des sentiments divers et variables, au gré des humeurs de chacun, et laisse augurer d’un certain malaise de classe qui semble étouffé par la force du quotidien, et surgit grâce à d’infimes variations. C’est alors que le récit d’une journée comme une autre se charge d’une certaine mélancolie face à ce temps qui nous échappe, et que le film recueille avec une attention et une douceur qui rendent important chaque petit moment.