Accueil > Panorama > Festival > Festival de Cannes 2013 > Borgman lundi 20 mai 2013 10:19

par Olivia Cooper Hadjian

Sélection officielle – Compétition

Borgman

critique: Borgman
réalisé par Alex van Warmerdam

Alex van Warmerdam ne fait pas partie des habitués des sélections cannoises – parmi ses huit longs métrages, seul Le P’tit Tony fut présenté à « Un certain regard » en 1998. Malgré la récente ressortie de l’un de ses chefs-d’œuvre, Les Habitants, la présence de Borgman en sélection officielle fut donc une heureuse surprise. En vingt ans, le cinéaste néerlandais n’a rien perdu de sa verve et à certains égards, Borgman n’est pas sans rappeler directement son ancêtre, avec ses bâtiments aux lignes épurées et ses jeux de regards de fenêtre en fenêtre. Tout commence le jour où Camiel, un homme à l’allure hirsute tout juste sorti d’un terrier sonne à la porte d’une luxueuse villa et demande à l’homme qui lui ouvre s’il peut y prendre un bain. Camiel finira à terre, sous les coups du propriétaire, un choc pour la maîtresse de maison, Marina. L’homme des bois parviendra à obtenir d’elle les soins élémentaires, avant que les rôles ne s’inversent et que la mère de famille ne développe une forme de dépendance envers le mystérieux bonhomme. Pour s’immiscer dans le foyer de Marina, auprès de ses enfants et de leur nanny, Camiel a recours, avec l’aide de quatre acolytes, à des manœuvres aussi inattendues que redoutables. Il apparaît peu à peu qu’il doit être autre chose qu’un homme. Mais quoi ?

Dans sa tonalité, Borgman se démarque des premiers films d’Alex van Warmerdam. Sa mise en scène se fait plus discrète, plus réaliste et d’autant plus inquiétante. Mais la façon dont le cinéaste mêle satire, humour noir et surréalisme reste reconnaissable. Si certains passages – les moins bons – peuvent rappeler des films des frères Coen, d’autres ceux de Buñuel ou encore La Servante de Kim Ki-young, Borgman ne ressemble, dans son ensemble, à rien de connu. On peut évidemment le lire comme une allégorie où Camiel serait l’incarnation d’un conglomérat pulsionnel hideux, généralement dissimulé sous le masque de la distinction bourgeoise. Le film traite effectivement d’une hypocrisie, d’une culpabilité et d’une violence larvée qui se trouvent mises en relation au mode de vie aisé de la famille envahie. Mais Borgman ne peut être réduit à un film à lire. Les nombreux phénomènes étranges dont nous serons témoins n’en viendront jamais à se réunir comme autant de pièces d’un même puzzle. Si le personnage du mari est construit comme une caricature d’abjection, le cinéaste s’intéresse davantage à sa femme, qui est bien plus opaque. Comme les meilleures œuvres surréalistes, le film s’attache moins à produire un discours cohérent que des affects. Il est perclus d’images improbables – un homme jardinant en costume, des lévriers flairant un corps endormi dans l’eau, une fillette vidant une peluche de sa paille pour la remplacer par du sable… – et fourmille d’actions qui n’ont d’autre fonction narrative que celle d’épaissir le mystère. Le personnage de Camiel reste de bout en bout insaisissable, son comportement inexplicable. Au cœur de Borgman se trouve un vide autour duquel l’imagination du spectateur se doit de tournoyer.

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