Accueil > Panorama > Festival > Festival de Cannes 2013 > Le Géant égoïste samedi 18 mai 2013 15:51

par Olivia Cooper Hadjian

Quinzaine des Réalisateurs

Le Géant égoïste

The Selfish Giant

critique: Le Géant égoïste
réalisé par Clio Barnard

À la fin de la projection de The Selfish Giant, une grande partie de la salle ovationna la réalisatrice et ses trois comédiens, tout le générique durant. L’enthousiasme de l’autre partie du public était peut-être modéré par un trop fort sentiment de déjà vu. En effet, le second long métrage de Clio Barnard n’est pas sans rappeler les incursions de Ken Loach et consorts dans les franges les plus démunies du nord de l’Angleterre. Comme son aîné, Clio Barnard parvient à produire un climat extrêmement réaliste qui nous plonge dans l’atmosphère sans soleil d’un quartier à la périphérie de Bradford où délinquance, endettement et sentiment d’impuissance dominent. La réussite de ce portrait est largement tributaire de deux acteurs extraordinaires, rencontrés sur le tournage de son film précédent, qui incarnent deux adolescents turbulents : Arbor, petit blond à la nervosité quasi-incontrôlable, assène sa gouaille injurieuse à tous ceux qui se mettent en travers de son chemin tandis que Swifty, plus grand, plus lourd, contrebalance l’hystérie de son camarade par une placidité à toute épreuve. Fâchés avec l’école, les deux amis commencent à fréquenter Kitten, un ferrailleur du coin et se mettent en tête de se faire de l’argent en ramassant tout ce qui peut lui être vendu. Épousant les mouvements de ses deux personnages, le film survole tout misérabilisme tant ces deux personnages sont vivants, l’un dans son agitation, l’autre dans sa douceur triste. Ils ne peuvent cependant échapper à la morbidité ambiante : à mesure que le film progresse, suivant le quotidien d’Arbor et Swifty, la violence gagne du terrain et le douloureux sentiment que tout cela va mal finir s’installe irrémédiablement.

Si Clio Barnard ne faisait qu’ajouter un film de plus au registre de la chronique sociale anglaise, elle impressionnerait au moins par la pleine possession de ses moyens plastiques qu’elle manifeste à tous les instants. La force et la justesse des couleurs, des cadres, du montage irriguent la nervosité du film plutôt que de l’entraver. Mais The Selfish Giant, qui tient son titre et son inspiration d’une courte nouvelle pour enfants d’Oscar Wilde, va encore au-delà de ces qualités évidentes. En effet, si drame il y a, Clio Barnard n’en fait pas le terme de son histoire. Évitant tous les pièges, toutes les facilités que l’on craignait subir, la fin du film nous amène de surprise en surprise vers un territoire plus abstrait. The Selfish Giant est non seulement une histoire d’amitié mais un film sur l’amitié, ce sentiment que d’aucuns qualifieront de suprême. Celle qui se déploie ici en vient à être menacée : remarquant sa facilité à comprendre et à maîtriser les chevaux qu’il loue et entraîne pour des courses clandestines, Kitten confie un jour à Swifty les soins du plus doué d’entre eux. Arbor, exclu, en devient mauvais et plus obsédé que jamais par la ferraille. Mais ce que montre finalement The Selfish Giant, dans un finale terrassant de beauté, c’est que certaines choses peuvent résister aux déterminismes les plus impitoyables. Ce qui aurait pu n’être qu’un drame se mue alors en fable tragique.

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