Accueil > Panorama > Festival > Festival de Cannes 2013 > Magic Magic jeudi 23 mai 2013 11:30

par Arnaud Hée

Quinzaine des Réalisateurs

Magic Magic

critique: Magic Magic
réalisé par Sebastián Silva

Magic Magic, son titre bégayant, son casting – Juno Temple (Killer Joe), Michael Cera (SuperGrave), Emily Browning (Sleeping Beauty) –, ses paysages du Chili méridional (« à couper le souffle » nous dit le dossier de presse). Mais les itinéraires les mieux balisés ne sont pas les plus fréquentables. Embarquée par sa cousine Sara et sa bande d’amis pour d’insouciantes vacances bucoliques dans un coin reculé, Alicia aurait été plus inspirée d’emprunter une autre route. On ne peut pas dire que le premier contact soit des plus réussis, la capricieuse retarde le départ en voulant prendre une petite douche revigorante : les passagers grommellent, on les comprend un peu. Mais la voilà finalement partie, bientôt sans Sara qui doit repasser par Santiago pour un exam – en fait pas du tout, mais passons. Totale étrangère au sein d’un groupe constitué, paumée au milieu de nulle part (ça capte mal !), la baguenaude tourne au cauchemar pour la jeune fille mal dans sa peau. Elle perd le sommeil, et la raison, tandis qu’Agustín, le brun ténébreux, potasse des bouquins sur l’hypnose – phénomène qui donne lieu à la seule scène plutôt convaincante, au moins dotée d’une part de ce trouble recherché avec tant de volontarisme (et d’inefficacité) par ailleurs.

Soupe cinématographique aux accents world

Sebastián Silva lorgne vers les dérèglements polanskiens (Le Locataire, Répulsion), mais se rate complètement, notamment en travaillant la matière sonore – pour créer des « atmosphères » – avec la subtilité d’un valeureux bûcheron canadien. Il tente aussi d’instiller un humour malaisant à cette fable cruelle sur une jeunesse inconséquente et inquiète, peu portée sur l’Autre, mais ne livre qu’un produit fabriqué, avec mise en scène chichiteuse qui tient à se montrer : ah ! ce premier plan où les personnages sont décapités par le cadre ; oh ! ces optiques déformantes pour figurer l’altération de la perception du réel par Alicia. À plusieurs reprises, le ridicule est atteint, notamment en parsemant le film des courses de ce chien en rut. L’idée est de communiquer le sentiment de perdition du personnage au spectateur en jouant sur une opacité, notamment cette hésitation entre folie et surnaturel – avec, s’il vous plaît, tisanes et exorcisme d’indiens Mapuche, les seuls voisins de ces jeunes en goguette. Mais la récolte est bien maigre, les accents arty (notamment d’affreuses afféteries dans le montage) n’y font rien, sinon d’enfoncer définitivement le clou de la totale vacuité de l’entreprise d’un faiseur. Magic Magic représente le parangon d’une soupe cinématographique aux accents world, donnant à la Quinzaine des airs Sundance et rappelant que le cinéma indépendant peut être aussi formaté qu’un épais blockbuster.

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