Accueil > Panorama > Festival > Festival de Cannes 2016 > Le Parc lundi 16 mai 2016 13:00

par Raphaëlle Pireyre

ACID

Le Parc

critique: Le Parc
réalisé par Damien Manivel

C’est déjà la maladresse de son personnage empêtré dans le réel qui, dans Un jeune poète, ajoutait à la visite touristique de Sète une douce étrangeté. L’acteur Rémi Taffanel faisait des rencontres amicales et amoureuses en arpentant la ville marine, mais il cherchait aussi le souffle de l’inspiration poétique. Dans la clarté d’une après-midi estivale, Naomie se rend au parc pour un premier rendez-vous amoureux. La ballade commence, comme une parade de séduction aux gestes mal assurés. Avec ce point de départ banal et la fidélité à une unité de temps, de lieu et d’action, Damien Manivel reste fidèle à son cinéma de la quotidienneté et réduit à son strict minimum cette situation si souvent filmée pour en scruter avec davantage d’attention les infimes détails. Terrain de jeu cinématographique, le parc offre une infinité de possibles de cadrages, de distances entre les deux corps occupés à leur parade de séduction. D’autres silhouettes le traversent, qui s’affirment avec discrétion comme autant de possibles fictions hors champ. Dans ce décor naturel qui offre une infinité de cadrages possibles, Damien Manivel utilise le passage du temps pour épuiser les effets de distance et proximité entre les corps, jusqu’à prendre le temps de regarder le jour tomber sur le visage de la jeune fille.

Le film pourrait s’arrêter là, et ce serait déjà très bien. Seulement derrière ce désir timide se cachaient des intentions non avouées. Il est si rare qu’un film ose rompre en cours de route son itinéraire annoncé pour rapter le spectateur vers un sentier dérobé que l’on n’en dira pas trop sur la surprise que réserve alors le film. Comme dans Un jeune poète, parcourir l’espace physique, c’est accomplir un voyage intérieur. Pour Naomie, la ballade anodine devient traversée initiatique alors que le film redistribue toutes ses cartes pour les rejouer à l’envers. La trajectoire à rebours est aussi une plongée, qui explore ce qui sourdait sous une surface trop lisse. L’impression d’une distance physique et sentimentale, qui cherchait sans cesse à se réajuster dans la situation initiale, s’ouvre sur le gouffre qui plonge cet anodin aux faux airs de réalisme dans sa doublure sombre et profonde.

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