© Waiting For Cinéma 2017 / Photo : Roger Arpajou INA - Je suis né à Venise (Maurice Béjard, 1977), avec Barbara et Philippe Lizon
  • Barbara

  • France
  • -
  • 2017
  • Réalisation : Mathieu Amalric
  • Scénario : Mathieu Amalric, Philippe Di Falco
  • Image : Christophe Beaucarne
  • Décors : Laurent Baude
  • Costumes : Pascaline Chavanne
  • Son : Olivier Mauvezin
  • Montage : François Gédigier
  • Producteur(s) : Patrick Godeau
  • Production : Waiting for Cinéma, Alicéleo
  • Interprétation : Jeanne Balibar (Barbara), Mathieu Amalric (Yves Zand), Vincent Peirani (Roland Romanelli), Aurore Clément (Esther), Fanny Imber (Marie Chaix), Grégoire Colin (Charley Marouani)
  • Distributeur : Gaumont Distribution
  • Date de sortie : 6 septembre 2017
  • Durée : 1h37
Un certain regard

Barbara

réalisé par Mathieu Amalric

« C’est une femme qui ne vit pas sa vie, elle se la raconte avant tant de force qu’elle finit par y croire. » Inégal, le nouveau film de Mathieu Amalric repose toutefois sur une idée aussi simple que belle : pour filmer Barbara, comprendre son essence, la nature secrète du personnage, alors il faut la filmer comme une actrice. D’où un dispositif volontairement affiché par lequel Amalric met en scène Brigitte (ou simplement : Jeanne Balibar) jouant Barbara, sous les yeux d’Yves (ou simplement : Mathieu Amalric), réalisateur d’un biopic sur la chanteuse mais aussi premier spectateur de ce simulacre. Le film tient avant tout par sa manière de donner à jouer à une comédienne la matière première de son travail : saisir tel geste, l’intégrer dans une chorégraphie, placer ou reprendre tel mot dans un phrasé, trouver le point d’équilibre à partir duquel l’incarnation se fond dans l’image d’origine. C’est ainsi qu’il faut comprendre le jeu de Balibar, qui cherche moins à imiter parfaitement la chanteuse qu’à se frayer un chemin, dans les meilleures séquences du film, au milieu d’images d’archives où l’originale et la copie font comme se donner la réplique. Reste que le film d’Amalric, s’il trouve dans cette mise en abyme une forme de simplicité expérimentale (plus qu’un alliage entre fiction et documentaire, le film prend la forme d’un atelier de jeu où s’enchaînent les exercices), peine peut-être à trouver un second souffle.

Le personnage d’Yves illustre bien cette limite : dépeint (l’idée est au demeurant très belle) comme un cinéaste qui aurait la nostalgie de ce qu’il n’a jamais vécu (assister aux concerts de Barbara, être aux premières loges de telle ou telle conversation), il se retrouve progressivement cantonné, une fois le secret de sa passion révélé, à incarner la fascination que provoque la fantasque interprète. Cette déférence un brin raide, ce fétichisme pour les traits et la voix de Barbara, finit par vider le film de l’intérieur, jusqu’aux dix dernières minutes où Amalric semble rajouter sans réelle nécessité un appendice à son exercice, pour le plaisir de filmer encore un peu Brigitte, Jeanne et Barbara.