• Les Filles d’Avril
  • (Las Hijas de Abril)

  • Mexique
  • -
  • 2017
  • Réalisation : Michel Franco
  • Scénario : Michel Franco
  • Image : Yves Cape
  • Son : Federico González Jordán, Alejandro de Icaza
  • Montage : Jorge Weisz, Michel Franco
  • Producteur(s) : Michel Franco, Lorenzo Vigas, Moisés Zonana
  • Production : Lucía Films
  • Interprétation : Emma Suárez (Abril), Ana Valeria Becerril (Valeria), Enrique Arrizón (Mateo), Joanna Larequi (Clara)...
  • Distributeur : Version Originale / Condor
  • Date de sortie : 2 août 2017
  • Durée : 1h43
Un certain regard

Les Filles d’Avril

Las Hijas de Abril

réalisé par Michel Franco

Petite surprise, mais seulement petite, à la découverte des premières minutes du nouveau film de Michel Franco (Después de Lucía, Chronic) : en filmant la grossesse d’une jeune fille de 17 ans qui va bénéficier de l’aide de sa mère Avril (Emma Suárez, la Julieta du dernier Pedro Almodóvar), le cinéaste mexicain semble s’ouvrir à une douceur nouvelle et pour le moins inattendue. Il s’avère cependant rapidement que ce calme apparent, qui confine presque à la mollesse, résulte d’une stratégie narrative savamment pensée : en expurgeant sa mise en scène de ses pics habituels de violence, Franco crée un vide autour de ses personnages pour jouer sur l’ambiguïté de cette madone solaire. L’inflexion de son aura se fait par touches légères et petites scènes qui préparent l’apparition d’une perversité latente, affleurant dans le plan sans mot dire et sans altérer radicalement la perception que l’on peut avoir du personnage. Pourtant, le contrôle progressif que prend la matriarche fait d’elle peu à peu un monstre : non seulement Avril s’approprie le bébé de sa fille, mais elle lui vole de surcroît son petit ami.

De sorte que le film, dont on pourrait croire qu’il repose sur une mise en scène transparente, quasiment vide, permet ainsi à Franco de toucher plus fortement à un trouble que dans ses réalisations précédentes, striées de scènes chocs, en mettant en place un cadre où les glissements intérieurs des personnages se font de manière presque imperceptible. Ici, c’est plus discrètement qu’apparaît l’horreur, jusqu’à une sortie de champ pour le coup assez forte où Avril disparaît du récit en laissant le bambin larmoyant seul dans le plan. C’est par extension tout un circuit de la folie que cherche à dépeindre Franco, articulé autour d’un bébé dont la présence semble déteindre sur le comportement et la nature humaine des individus qui l’entourent. Pas de quoi sauter non plus au plafond : le film s’en tient à ce simple programme et ne va pas beaucoup plus loin, mais il faut reconnaître que le chemin emprunté ici par Franco est un peu plus habile qu’à l’accoutumée.