Accueil > Panorama > Festival > Mostra de Venise 2010 > Happy Few samedi 4 septembre 2010 16:00

par Arnaud Hée

Venezia 67

Happy Few

critique: Happy Few
réalisé par Antony Cordier

Pour ceux qui avaient placé, après son premier long-métrage, quelque espoir en Anthony Cordier, Happy Few pourrait faire l’effet d’une douche froide. Et même, après avoir vu son second, se sentiront-ils peut-être, comme les quatre protagonistes lors d’une scène assez grotesque, roulés dans la farine.

Avec un ton naturaliste et une mise en scène se voulant alerte, dans le mouvement des corps, notre affaire ne commence pas trop mal, par un moment de trouble, de séduction entre Rachel et Vincent, âge moyen, pas malheureux, plutôt bien avec leurs conjoints et leurs enfants. Le duo devient quatuor, Franck et Teri en plus, après une soirée où les couples s’accordent comme du papier à musique, ce qui est inauguralement suggéré, peu finement, par une partie de ping-pong suivant les règles bien connues de la tournante. Après Douches froides, on retrouve ainsi le questionnement du réalisateur pour la géométrie instable des configurations sentimentales. La situation est ici limpide, personne ne va mal : « Les semaines d’après, on a continué à se partager. »

Avec ce marivaudage libertin, il est certain que ce film s’ancre auprès des festivaliers dans un imaginaire du cinéma français assez proche de la caricature. L’indécision amoureuse y laisse cependant place à un équilibre trouvé dans cet échange de partenaires, selon une autogestion sans règle qui semble faire le bonheur de chacun, et à propos duquel Cordier n’entend se faire ni juge ni flic, il veut filmer une utopie. La mise en scène sans inventivité et la lourdeur du récit, régulièrement associée à des voix-off plombantes (« Peut-on aimer deux personnes à la fois ? » se demande Rachel à la moitié du métrage), transforment trop vite cette variation sur les possibles sentimentaux en un produit fade, entendu et mal foutu, où la prétention au naturalisme est sans cesse contaminée par l’artifice et la vacuité.

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