Accueil > Panorama > Festival > Mostra de Venise 2011 > La Folie Almayer dimanche 4 septembre 2011 19:00

par Arnaud Hée

Fuori Concorso

La Folie Almayer

critique: La Folie Almayer
réalisé par Chantal Akerman

Lors de cette séance en présence de l’équipe du film, Chantal Akerman s’est vue attribuer un Lion d’Or « compressé », Marco Müller justifiant cette singularité par le fait qu’un Lion d’Or pour l’ensemble de sa carrière l’aurait mise en colère... Il est vrai qu’elle n’est pas toujours très commode, Chantal, mais ce qui pourrait courroucer, c’est aussi de ne pas trouver ce film dans une compétition assez atone jusqu’ici – en dehors de Polanski et Cronenberg. L’ouverture de La Folie Almayer est complètement éblouissante. Un plan fixe pose le dancing d’une contrée exotique comme décor. On progresse en suivant un homme en marche vers la scène où se produit un crooner secondé par des danseuses derrière lui. « L’homme » le poignarde, tout le monde déguerpi, sauf celle dont on saura ensuite qu’elle se nomme Nina. Dans une sorte d’hébétude, elle continue à se trémousser avant de cesser progressivement et de venir face caméra, en très gros plan, pour nous livrer un chant déchirant. On comprend très vite que l’extraordinaire beauté magnétique de Nina en a ensorcelé bien d’autres.

Librement adapté de Joseph Conrad, La Folie Almayer se peuple d’aventuriers blancs échoués dans des contrées lointaines. Il est donc question d’Almayer, père de Nina, une sang-mêlé. On croise aussi un certain Lingard, se profile également une mine d’or aussi réelle que l’Eldorado pour les conquistador d’Aguirre. On entend Malaisie, mais une indétermination diffuse se perpétue, un imaginaire qui nous mène notamment aux quatre coins de l’Océan Indien. La dialectique (et les dialogues) concernant le trouble identitaire de Nina constitue ce qui est le moins convaincant, mais, finalement, ceci pèse peu sur cette polyphonie de personnage à la recherche d’un paradis perdu, autant celui que l’on est venu chercher que celui que l’on a quitté. Chantal Akerman compose ici un film reposant sur des dérives – celle d’Almayer est statique, d’autres plus mouvantes – rêveuses et âpres, lancinantes également. La splendeur de l’écriture cinématographique signe une sorte de « retour » d’une cinéaste excellant ici par la tonalité atmosphérique et sensitive de sa mise en scène.

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