Accueil > Panorama > Festival > Mostra de Venise 2012 > Betrayal samedi 1er septembre 2012 16:00

Vertiges de l’amour, par Alice Leroy

Venezia 69

Betrayal

Измена / Izmena

critique: Betrayal
réalisé par Kirill Serebrennikov

Sous le prétexte d’un examen médical de routine, une doctoresse pâle comme une Lorelei convoque un homme pour lui apprendre sans détour que leurs époux respectifs entretiennent une relation adultère. Comble de l’ironie, c’est en testant sa résistance cardiaque que cette pythie aux airs de Liv Ullman lui fait cette éprouvante révélation. S’engage alors une étrange complicité fascinée entre les deux époux trompés, qui suivent les traces de leurs amants jusque dans l’hôtel où ceux-ci ont l’habitude de se retrouver. La mort, aussi tragique que grotesque des époux infidèles, vient mettre un terme à ce rituel masochiste et pousse chacun vers une nouvelle vie.

L’histoire pourrait s’arrêter là, mais cette première partie maladroite, menée laborieusement par une caméra à fleur de peau (sinon de pore) au rythme empesé de corps rongés par la culpabilité, n’est en fait qu’un long prologue. Le film trouve heureusement un nouveau souffle dans une seconde partie qui s’ouvre par une très belle ellipse sans aucune coupe, le long d’un plan-séquence au cœur des bois où la jeune veuve abandonne son passé et ses vêtements pour entamer une nouvelle vie aux cotes d’un autre homme qui l’attend dans une voiture à l’orée du bois. C’est à partir de cette césure que le film prend un peu d’ampleur. Hommage explicite au vertigineux test du double et de la réalité de Vertigo, le chignon de Carlotta agit ici comme une métaphore de la spirale dans laquelle tombent les deux personnages dès qu’ils se croisent à nouveau par une coïncidence sans hasard dans un autre hôtel impersonnel. Chacun a refait sa vie, mais le secret qui les lie l’un à l’autre les pousse à rejouer le passé, non plus au titre de témoins muets mais dans le rôle des époux infidèles.

Obéissant à un rituel très précis, leurs rencontres retrouvent les lieux et les habitudes des anciens amants, comme les notes connues d’une partition que chacun est déterminé à jouer jusqu’au bout. La caméra trouve enfin une juste distance avec ces corps condamnés à n’être que des ombres d’un passé éternellement ravivé et laisse un peu d’espace à deux comédiens remarquables dans l’interprétation de ce couple maudit (Franziska Petri et Dejan Lilic). En dépit de tous leurs efforts, le film – curieusement intitulé Izmena, littéralement « trahison » alors qu’il y est plutôt question de frustration et de repentance – apparaît comme une espèce de resucée de Vertigo, le suspense et la tension en moins. N’était une première partie malhabile et compassée, il pourrait presque passer pour un hommage réussi, mais à force d’épuiser une intrigue minimaliste entre deux personnages qu’aucun nom n’identifie et de leur faire subir toute une gamme d’émotions en un peu moins de deux heures, le vertige d’Izmena découvre la cause de son trouble : le vide.

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