Venezia 71

    A Pigeon Sat on a Branch Reflecting on Existence

    En Duva Satt på en Gren och Funderade på Tillvaron

    réalisé par Roy Andersson

    Aujourd’hui place à l’un des favoris pour le Lion d’or : le Suédois Roy Andersson et son A Pigeon Sat on a Branch Reflecting on Existence, méditation sur la condition humaine et le sens de la vie teintée d’absurde et d’humour noir. Le film ne souscrit pas à une trame narrative définie mais tient plutôt de l’entremêlement de divers tableaux arc-boutés sur une poignée de personnages (le terme est peut-être un peu fort – ce sont davantage des automates) qui jouent sur le surgissement de l’étrange et de l’impromptu. Chacun de ces tableaux s’appuie sur trois piliers nécessaires au déploiement de l’humour à froid d’Andersson : le recours au plan-séquence, un goût prononcé pour des cadres fixes et une organisation de la mise en scène reposant beaucoup sur les possibilités qu’offrent les décors très élaborés. Le dispositif ne manque certainement pas d’intérêt mais ce qu’il produit séduit autant qu’il interroge. Si Andersson possède un certain talent de vignettiste dont il fait d’ailleurs étalage dans une introduction réussie (la meilleure partie du film, précisément parce que les différents fragments en l’occurrence présentés fonctionnent en toute indépendance), l’ensemble pâtit toutefois à la longue de cette structure composée de micro-cellules qui, sans tomber dans l’écueil de la redite ou de la répétition, finissent néanmoins par lasser.

    Surtout, la mécanique d’A Pigeon… souffre de ses penchants ouvertement taxidermistes (les corps sont d’ailleurs figés, et les visages raidis par une couche de maquillage blanc) qui donnent le sentiment que l’auteur surplombe ses figurines dans ce long-métrage aux allures de petit traité philosophico-comique. Dans le dernier tiers du film, un carton affichant l’inscription « Homo Sapiens » précède une scène dans un laboratoire où le cerveau d’un macaque, attaché mais conscient, est soumis à des impulsions électriques. Ce spectacle est l’écho un peu sinistre du plan d’ouverture, où un homme regarde muet des oiseaux empaillés et cloîtrés exposés dans des cages de verre. Voilà où semble être la place de l’homme : dans un musée. C’est en tout cas le programme de la mise en scène qui, toutefois consciente de la dimension intrinsèquement misanthrope de cette dissection des comportements et des mœurs, raccorde certains blocs de tableaux à des plans isolés en guise de fenêtres ouvertes sur l’extérieur. On y voit des enfants jouer, des amants s’étreindre, etc., autant de petits riens et de moments de douceur qui font office de contrepoint à la rigidité parfois trop poussée des savantes installations dont abonde le film. Sans être cependant détestable dans sa démarche, Andersson aurait gagné à davantage laisser sortir les oiseaux de ces cages si soigneusement ornées.