Accueil > Panorama > Festival > Mostra de Venise 2015 > El Clan dimanche 6 septembre 2015 16:07

Du sang et du rythme, par Josué Morel

Venezia 72

El Clan

critique: El Clan
réalisé par Pablo Trapero

Dans la course au Lion d’or se trouvent de drôles de concurrents sortis d’on ne sait où (mention spéciale à A Bigger Splash, à qui l’on doit pour l’instant l’idée la plus absurde du festival : remaker l’anecdotique Piscine de Deray avec Matthias Schoenaerts pour remplacer Delon), mais aussi quelques noms familiers, bien rodés aux marathons festivaliers. Pablo Trapero est l’un d’entre eux. Son El Clan, inspiré d’un sordide fait divers (une famille bien sous tous rapports kidnappe de riches bourgeois puis les assassine après réception des rançons) bat en ce moment tous les records au box-office argentin. On comprend pourquoi : de la première à la dernière seconde, le film est dans une quête d’efficacité mais aussi, plus curieusement, de cool. Le film a un modèle évident, mais un modèle mal compris, réduit à un clinquant rock et un tranchant du rythme : Scorsese. Trapero n’est certes pas le premier à marcher dans les pas du réalisateur de Casino, mais on a l’impression que c’est ici sa finitude : le film capitalise plus son histoire vraie plus qu’il ne la traite, l’épisode en question ne sert que de terreau à une facture de film de genre. Il y a certes des pistes réellement intrigantes dans le scénario (le rôle ambigu de la mère dans cette fratrie, les dessous politiques de l’affaire, soulevés sans être creusés) mais la mise en scène de Trapero passe à côté de ces enjeux narratifs en se pliant à l’impératif de l’effet.

Exemple : le premier meurtre visible à l’écran (un autre s’est déroulé hors champ), couplé dans un montage alterné à la première nuit que passe le fils aîné avec sa petite amie. L’intensité progressive de la relation sexuelle s’entremêle avec le trajet du garçon kidnappé jusqu’au lieu du crime, et sa mort coïncide avec l’orgasme des deux amants. Le parallèle est bien entendu de mauvais goût, mais il constitue surtout un vrai lapsus quant aux intentions de Trapero, qui envisage la violence seulement comme une décharge au même effet grisant que le « Sunny Afternoon » des Kinks utilisé en ouverture et clôture du récit. Alors son film se réduit à de petits dispositifs rythmiques, énergiques mais vides : un kidnapping raté filmé en plan-séquence ou encore la scène de l’arrestation, accompagnée d’une assourdissante musique qui se tait lorsqu’une porte de prison se referme sur la cellule du père. Ce n’est rien d’autre qu’une démonstration de savoir-faire décoratif (paroxysme : la fumée de cigarette qui s’échappe de la bouche d’une des victimes), vain et sans réelle qualité.

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