Venezia 72

    Heart of a Dog

    réalisé par Laurie Anderson

    Belle idée de la Mostra que de programmer coup sur coup ce matin les films de Jerzy Skolimowski et de Laurie Anderson, qui partagent au moins deux motifs : le 11-Septembre comme point de bascule d’un changement de notre perception du monde, et ce monde vu à un moment par le truchement d’un chien. À côté de la messe théorique de 11 minutes sur un présent qui ne serait plus qu’un entrelacs d’images recyclant les codes du cinéma américain, Heart of a Dog de Laurie Anderson, film le plus court de la compétition, fait toutefois pâle figure. Si on ne sait d’ailleurs pas trop pourquoi c’est ce documentaire-là et un pas un autre qui a eu le droit aux honneurs de la compétition, le film intrigue dans ses premières minutes par son ambition d’essai intimiste qui appelle nécessairement à des comparaisons écrasantes, du cinéma de Cavalier à l’Adieu au langage de Godard pour la place qu’il ménage à un canidé (comme dans Le Paradis mais aussi Et maintenant ?, l’exploration d’une intimité se fait au contact d’un animal domestique). Mais Heart of a Dog ne parvient ni à convaincre ni à émouvoir dans son rapport au commentaire, et tombe dans un écueil que l’on a longtemps injustement assimilé au cinéma de Cavalier : la redondance. Une séquence sur deux n’a qu’une valeur purement illustrative : elle reproduit à l’écran ce qu’énonce, avec un phrasé trop théâtralisé, le commentaire de la réalisatrice, là où précisément Cavalier parvient à développer un art oratoire capable de transcender une image ou de la nourrir. Anderson se contente de décrire ou de nommer, adopte un ton trop souvent cuistre (elle cite Kierkegaard et la philosophie tibétaine) pour évoquer la mort de son chien et faire part de ses observations sur la vie, la mort, l’amour et les balades sur la plage.

    Le film pâtit également de sa lourdeur plastique : le cadre est constamment surchargé par un ensemble d’afféteries visuelles (gouttes d’eau qui coulent, filtres, flous) qui transforme cet alliage de régimes d’images (reconstitution de souvenirs, animation de rêves, vidéos et peintures) en une forme de bouillie uniforme, avec peut-être la seule scène d’ouverture comme morceau qui se détache. C’est d’autant plus dommage que le film s’éloigne progressivement de la simplicité et de la modestie première de son entreprise, complexifie sa bande-son moins fourmillante que trop produite, pour accoucher d’un objet si retravaillé qu’il finit par en devenir lisse. Faute de se coltiner concrètement au réel, le film échoue à être autre chose qu’un fade tricotage d’images anecdotiques bercé par la voix ronronnante de sa narratrice.