Accueil > Panorama > Festival > Pink Screens Festival, 6e édition mardi 27 novembre 2007

Festival Pink Screens Festival, 6e édition

Films de genre, par Raphaël Le Toux-Lungo

Pink Screens Festival, 6e édition

Du 26 octobtre au 3 novembre 2007, s’est tenu au cinéma Nova de Bruxelles le 6e Pink Screens Festival. Dans une ambiance très conviviale, une multitude de films de tous les horizons et de tous les formats ont été présentés autour des thématiques Gender et Queer. Voici donc un petit panel, plus cinéphile que théorique, de films drôles, tendres, subtils ou érotiques qui auront marqué durablement nos rétines.

Quand le Straigh rencontre le Queer...

Cela donne une comédie délirante qui fit l’ouverture du festival : Itty Bitty Titty Committee de Jamie Babbit. Derrière son nom à rallonge se cache un film sur une poignée de filles qui ont décidé de faire sauter les préjugés de la société phallocentrique. Engagement politique, histoire d’amour, devenir bourgeois de la cause gay sont les ressorts de ce film sans prétention mais très drôle, subversif tout en restant accessible par son style et son discours qui suit les règles classiques du scénario.

Dans le genre comédie on aura noté aussi un court-métrage ironique avec pour point de départ une situation assez surprenante : Bonne bourre de Florence Fradelizi, ou que font deux filles quand elles se retrouvent dans les toilettes d’un bar ? Elles s’enculent pardi ! Détournant joyeusement les pratiques sexuelles ou du moins ce que l’on est censé attendre de la sexualité lesbienne, voilà trois minutes qui ouvrent les réjouissances d’une pornographie inventive.

Porno docu

Un autre court métrage sur la sexualité féminine aura également marqué le festival. Il s’agit de This Is the Girl de Catherine Corringer. Dans la même logique que Bonne bourre, le film montre des pratiques sexuelles sans fard et sans tabous et enregistre la montée du plaisir féminin comme peu de films ont su le faire. Au-delà de toutes sexualités préalablement définies, le court réussit à mêler une sensualité qui envahit l’écran par strates progressives, sans pour autant en oublier l’aspect cérébral à travers des images surréalistes surprenantes (l’homme qui se fait branler frénétiquement son gode ceinture placé dans sa bouche). Catherine Corringer enregistre, avec un sens rare du cadre et de la durée, une cérémonie charnelle qui laisse bouche bée. Ce trouble naît surtout du fait que ce qu’elle filme est réel. Il ne s’agit pas d’adapter le sexe au cinéma comme le fait la majorité des films X dans leur besoin de spectaculaire, mais bien l’inverse, c’est-à-dire d’adapter le cinéma aux pratiques sexuelles qu’elle décrit. Retrouver comme un regard et une approche documentaire sur la sexualité, comme le compte rendu d’un événement qui s’est réellement déroulé. Le fait que Catherine Corringer interprète elle-même son film joue le jeu de cette logique. Elle arrive alors à rendre la sensualité dans sa complexité et sa frontalité dans un même mouvement à travers son propre désir. Le fait aussi que la sexualité décrite est un très fort aspect cérémoniel permet à l’alchimie du film de fonctionner au mieux. Car finalement quoi de plus cinématographique qu’une cérémonie ?

Films sensations

Parce que le court-métrage reste un format qui trouve à trouver sa place sur les écrans et la télévision, ce format n’a pas cessé de marquer l’événement durant le festival. Film de danse, Le Rêve du roi réalisé par Christina Dias, suit les errances d’une femme enfermée dans son appartement qui se libère une nuit de cette bulle où son énergie corporelle ne peut plus être contenue. Chorégraphié et interprété par Katerina Christl, le film arrive, à travers l’exploration d’un personnage et surtout d’un corps, à rendre une palette d’émotions riches et fortes. Sorte de comédie musicale moderne, la danse contemporaine y aurait réussi à rendre la liberté des éclats du music-hall classique. Proche de cette dichotomie rêve/réalité et avec le physique et le talent surprenants de Katerina Christl (qui oscille entre l’état de grâce), le film dose le trivial et un grotesque proche du burlesque. Christina Dias trouve le découpage et le montage les plus adaptés aux mouvements corporels qu’elle filme. Cette affiliation a toujours été un moyen essentiel de privilégié la sensation sur le compréhension, l’adhésion ou même l’identification dans le récit cinématographique.

Même s’il ne s’agit pas de danse à proprement parler, le film de Ludivina Diaz Les Corps silencieux, provoque le même sentiment de la sensation débarrassée du superflu. À travers la lenteur d’un rythme parfaitement maîtrisé, le film nous narre l’histoire de Louise qui sombrant dans l’obsession, incapable de faire le deuil de sa relation passée avec une femme plus âgée. La réalisatrice, grâce à son scénario quasi théorique, décortique l’image même du cinéma en même temps qu’elle le fait du désir. Louise une fois son histoire finie, n’a plus qu’une idée en tête : collecter toutes les images et tous les sons de son amour perdu. À travers cette idée scénaristique proche de Vertigo, ne peut-on pas voir le compte rendu du travail du cinéaste, sculpteur de sons et d’images ? À la fois subtil autoportrait du désir féminin et de la réalisatrice construisant son film, Les Corps silencieux fait penser à cette phrase de Michael Cimino : « Le cinéma, c’est créer de la nostalgie pour un passé qui n’a jamais existé. » Dans ce travail, il faut rendre aussi hommage à la subtile photographie de Huong Lam. Lyriques et distanciées, la lumière, la texture d’image et les couleurs (pendant les scènes tournées de nuit en extérieur) rendent parfaitement le propos du film, entre le feu et la glace.

De la bande dessinée au cinéma

Autre très beau film, Panorama, réalisé par Loo Hui Phang est une adaptation de sa Bande Dessinée. Dans le XIIIe arrondissement de Paris, les aventures d’un jeune homme issu de l’immigration chinoise permet d’appréhender le grand écart s’opèrant pour les personnes vivant entre deux cultures, interrogeant nos préjugés à travers des situations surréalistes. À partir d’un mélange des langues asiatiques (on y parle aussi bien le cantonais, le vietnamien que le japonais), le film questionne le spectateur occidental sur sa compréhension de la culture asiatique, arrivant à rendre compte de l’état psychologique d’un personnage face à l’absurdité d’un quotidien fait de clichés et de croyances tenaces. Avec un humour qui n’est jamais très loin de l’« inquiétante étrangeté », le film nous plonge dans l’abstraction de la perception en utilisant donnant par exemple une certaine étrangeté aux décors naturels et bien réels du XIIIe arrondissement. On ne serait que recommander ce film atypique et profond, qui évite si bien l’émotion facile liée à la représentation cinématographique de l’intégration et du racisme.

Jésus aux Philippines

Pour finir, un OVNI nous a marqué par sa liberté et son détachement des conventions cinématographiques, Tuli d’Auraeus Solito. Tourné avec une caméra légère (sûrement une simple DV), le film touche par la trivialité de son style et la grandeur de ce qu’il convoque. Tuli est le portrait d’un petit village philippin où tous les garçons doivent se faire circoncire. Un seul refuse. Parallèlement, la fille du circonciseur alcoolique et violent, tombe amoureuse d’une fille. Traitant de façon légère et poétique le culte du phallus à travers coutumes ancestrales et images christiques, Solito créé un monde étrange et fascinant aux repères vacillants où les réalités, les religions et les textures se mélangent allègrement. On est assez fasciné de voir comment l’utilisation d’une petite caméra peut faire émerger la magie et le merveilleux, en somme un beau pied de nez au nouvel académisme de cet outil, ce qu’on appellera le réel réaliste. On pense au film de Jonathan Nossiter, Signs and Wonders (2004) qui, de la même façon, arrivait à créer des images oniriques et grotesques à partir d’une caméra DV.

Festival riche de découvertes et d’approches différentes, on a pu également voir quelques classiques comme le Rocky Horror Picture Show en séance de minuit déjantée (culte rendu à un mont Golgotha du cinéma) ou encore le sublime Le Narcisse noir de Powell et Pressburger. Était également présenté en avant-première le très beau film de Jacques Nolot, Avant que j’oublie. Réalisateur, scénariste, acteur jouant une sorte de Monsieur Hulot gay, tout aussi décalé mais plus causeur que ce dernier, Nolot vient clore l’année cinématographique après que son « Tarantino » André Téchiné l’ait ouverte avec son magnifique Les Témoins. Ces deux films, côte à côte, pourraient être nos « Grindhouse pédés » français, tant la connivence entre les deux œuvres et les deux hommes est forte. Leurs styles respectifs, pourtant différents, atteignent pourtant cette rare justesse pour nous parler d’un état de la France et des hommes.

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