Accueil > Panorama > Hors-champ > Festival de Berlin mardi 15 février 2011

Hors-champ Festival de Berlin

Journal de bord, par Pierre Eugène

Festival de Berlin

du 11 au 20 février 2011

En partenariat avec

Vendredi 11 février 2011

Hier eut lieu la première séance du programme « Perspektive Deutsches Kino », où était proposé en ouverture le film de Sandra Trostel, Utopia Ltd. Devant une salle comble, la nouvelle directrice de « Perspektive Deutsches Kino », Linda Söffker, a rappelé les valeurs fondamentales de cette sélection : offrir une reconnaissance particulière à de jeunes cinéastes allemands, encourager la jeune création et la soutenir. L’attribution du prix « Dialogue en perspective » est pour les cinéastes une aide sérieuse pour trouver par la suite un distributeur et pouvoir être sélectionné dans d’autres festivals ; il s’agit donc bien d’une « mise en perspective » des films, comme le rappelait lors du déjeuner aux membres du jury le lauréat de l’année précédente, Florian Schewe.

Romuald Karmakar, le président du jury de « Dialogue en perspective », après en avoir présenté les membres, relut alors avec émotion la lettre qu’envoya Jafar Panahi au festival de Berlin (où il devait participer en tant que jury de la sélection officielle), où le cinéaste emprisonné par le régime iranien et interdit de création pendant 20 ans espère retrouver dans les films des autres ce que lui-même ne pourra désormais plus faire.

Le film Utopia Ltd, de Sandra Trostel, a été l’occasion, pour les spectateurs qui ne les connaissaient pas, de faire connaissance avec les trois membres du jeune groupe allemand « post-punk » 1000 Robota, de leur rapport à la création, et de leur parcours de musicien.

Samedi 12 février 2011

Une série de cinq interviews sur les anciens participants de la section « Perspektive Deutsches Kino »

Vidéo réalisée par notre partenaire "Berlinale im Dialog"

Entretien avec Yann-Eryl Mer et Florence Freitag

Après avoir emprunté un ascenseur ultra-rapide nous faisant décoller de 24 étages en 20 secondes, nous nous sommes retrouvés au Panorama café, devant la vue étourdissante d’un Berlin observé 100 mètres au dessus du sol. Un moment de pause entre la projection d’En terrains connus et la rencontre entre son réalisateur Stéphane Lafleur et les membres du jury était propice à une discussion autour de leurs attentes et de leur avis sur des films hors de la sélection « Perspektive Deutsches Kino ».

True Grit, une ouverture en demi-teinte

Le film des frères Coen, True Grit (dont Michael Kienzl a fait la critique), en ouverture de la Berlinale, a suscité pour Yann-Eryl et Florence un sentiment mitigé. Le film leur a semblé amusant, avec des moments très drôles (certaines scènes tiraient même jusqu’aux Monty Python), mais il hésitait entre deux postures qu’il n’arrivait pas à concilier : d’un côté une irrévérence parodique envers le genre du western, et de l’autre des moments plus sombres, plus sérieux. Selon Yann-Eryl, il aurait fallut choisir, tirer complètement le scénario d’un côté ou de l’autre. La faiblesse du film repose aussi selon Florence et Yann-Eryl sur le personnage féminin (interprétée par Hailee Steinfeld), même si les deux jurés s’accordent sur l’intérêt du personnage interprété par Jeff Bridges et le jeu de l’acteur.

Le cinéma à venir/les films à faire

Que doit apporter le cinéma de demain ? « Il faut qu’il m’étonne », répond Yann-Eril. Si Florence et Yann-Eril attendent quelque chose du cinéma à venir, ce serait qu’il sorte un peu de ses montages syncopés (que la télévision à tant popularisé) où l’on ne peut plus voir les plans, ni avoir un rapport avec ceux qui sont filmés : le cinéma doit nous laisser le temps de réfléchir, de voir, et par là aussi donner de la matérialité aux êtres et aux choses filmées. « Même si parfois on peut s’ennuyer, ce cinéma est plus intéressant, car il nous offre du temps de pensée » ajoute Florence. Il faut donc travailler la temporalité dans les films, et le montage pour que le cinéma garde une capacité expressive. Si Florence n’a pas en tête un film qui n’existe pas encore et qu’elle aimerait voir sur écran, Yann-Eril voudrait créer le sien : un documentaire sur la langue bretonne, qui disparaît peu à peu. Il faudrait pour cela interroger des personnes âgées et essayer de voir comment perpétuer cette culture.

Un film se juge comme un objet séparé de son créateur

Par un choix du président du jury Romuald Karmakar (mais accepté par tous), les jurés se réunissent juste après la présentation de l’équipe, mais ne restent pas à la rencontre avec les réalisateurs à la fin des films. Yann-Eryl assume cette position de se protéger des informations autour des films, qui enlèveraient à l’œuvre sa singularité. Il faut considérer un film comme un objet séparé de son créateur, et de ses conditions de fabrication. « Cela nous permet aussi de débattre directement après la séance, où les sentiments et sensations révélés par le film restent encore en mémoire, sans être distrait par autre chose », ajoute Florence. Même si les films de la sélection « Perspektive Deutsches Kino » sont tous allemands, les deux jurés avouent ne pas vraiment tenir compte de la nationalité des films : ils sont plus créés par des personnalités propres que par leur pays d’origine. « On ne peut pas vraiment dire qu’il existe UN cinéma national, esthétiquement parlant. Même s’il est sûr qu’il peut y avoir des thèmes communs. Par exemple, il est vrai que les films allemands ont un grand rapport à l’histoire de leur pays, qui en devient souvent le sujet » dit Florence. Par contre, qu’ils apprécient ou pas le film, les jurés applaudissent toujours autant, pour en récompenser le travail. « Je n’applaudirai pas plus ou pas moins pour un film que pour un autre, car il faut respecter le travail qu’il demande à celui qui le fait. » (Yann-Eryl)

Dimanche 13 février 2011

Entretien avec Dietrich Brüggemann

Vidéo réalisée par notre partenaire "Berlinale im Dialog"

Lundi 14 février 2011

Table ronde « Dialogue en perspective »

Lundi après-midi était organisée une table ronde « Dialogue en perspective », destinée à confronter les regards croisés de réalisateurs et responsables de festival, sur le thème de la promotion et de l’aide au jeune cinéma. Regards croisés qui permettaient également de faire le point sur la situation cinématographique en France et en Allemagne.

Vidéo réalisée par notre partenaire "Berlinale im Dialog"

Les participants à ce débat, animé par Frédéric Jaeger (rédacteur en chef du site critic.de) étaient au nombre de cinq : tout d’abord Linda Söffker, directrice de la section Perspektive Deutsches Kino de la Berlinale, et Jean-Christophe Bergon, délégué général de la semaine de la critique au festival de Cannes. Ils étaient accompagnés par trois jeunes réalisateurs : Matthias Luthardt (ayant concouru à la fois à la Semaine de la critique – avec son film Ping Pong, en 2006, et à la Perspektive avec Jesus Liebt Dich, en 2008), Robert Thalheim (lauréat du prix « Dialogue en perspective » 2005), et Mathias Golkap (réalisateur de Rien de personnel, participant à la Semaine de la critique en 2009).

Les trajets des cinéastes et leurs réactions par rapport aux festivals ne sont pas tous similaires. En ce qui concerne Matthias Luthardt, sa sélection à la Semaine de la critique lui a offert une réelle visibilité, notamment dans la presse et plus particulièrement pour la presse allemande. Mais c’est lors de la Perspektive que tout s’est enclenché : la sélection de son film à la Berlinale, outre une grande visibilité, lui a offert une véritable reconnaissance en tant que cinéaste, tant de la part de son entourage proche que pour le public : socialement, il était devenu cinéaste. Mais le festival, selon lui, n’est qu’une rampe de lancement, il ne rend pas les choses plus faciles ensuite, ni avec les producteurs, ni avec les distributeurs. Les négociations restent toujours aussi difficiles et chaque nouveau film s’apparente à un retour à la case départ. En outre, avoir été sélectionné une fois ne garantit pas que cela aille de même par la suite (pour preuve, son dernier film n’a pas été sélectionné par Perspektive cette année).

Constat confirmé par Jean-Christophe Bergon : faire un premier film n’est pas le plus difficile (bien que ce soit déjà un parcours du combattant) car des aides et des soutiens existent. Faire un deuxième (50% des réalisateurs de premiers film n’en font jamais de second), puis un troisième film est d’une plus grande difficulté encore, car l’attention portée aux premiers films est plus difficile à reproduire pour les films suivants. Chaque film est de nouveau l’occasion de faire ses preuves.

Le réalisateur français Mathias Gokalp garde, quant à lui, un regard assez critique sur son expérience de festival, et la situation française du court métrage. En France, explique-t-il, le court métrage est très développé (il s’en fait environ 600 par an et il existe plus de 100 festivals dévolus à ce format). Et même si le court métrage est un passage obligé pour l’apprentissage de la fabrication d’un film, sa visibilité et son impact sur la carrière d’un cinéaste est faible, voire inexistant. Son court métrage, pourtant montré à Cannes, n’a été, selon ses dires, d’aucune aide pour son nouveau long métrage. Même les acteurs célèbres qui interprètent Rien de personnel ne l’ont pas vu !

L’historique et l’esprit des festivals

Cette année, la Semaine de la critique fête ses cinquante ans. Elle fut créée en réaction au festival de Cannes, dont les films sélectionnés étaient en réalité envoyés officiellement par les pays (pour une comparaison musicale que l’on excusera, c’est toujours le cas pour l’Eurovision). La Semaine de la critique a été créée pour diffuser un certain nombre de films choisis par le Syndicat de la critique française, pour les montrer à leurs confrères, mais aussi au monde plus vaste du cinéma, producteurs et distributeurs. Elle a permis la découverte de grands réalisateurs (Jean-Marie Straub, Jean Eustache, Bertolucci). Il y a aussi, à chaque édition, la recherche d’un état des lieux : la sélection essaie d’être la plus internationale possible, mais aussi de montrer une tendance, une ligne qui unit les nouveau films. Cette recherche de la nouveauté, des nouvelles têtes aussi bien que des nouvelles manières de filmer ou de raconter des histoires est l’ambition de cette sélection. Jean-Christophe Bergon se reconnait plus dans son métier comme programmateur que découvreur. Il ne s’agit pas seulement de choisir de bons films, mais aussi ce qui est intéressant au présent.

En ce qui concerne la Perspektive Deutsches Kino, créée il y a dix ans, son but était de favoriser le nombre de films allemands dans la compétition, et ainsi assurer une plus grande visibilité au cinéma allemand, tant dans son propre pays qu’à l’échelle internationale. « La Perspektive est un tremplin pour les talents de demain » dit Linda Söffker ; « il s’agissait de créer un cadre pour donner de la visibilité et convaincre les spectateurs que ce cinéma existait, tout en renforçant la confiance des cinéastes eux-mêmes. » Renforcer l’appartenance à un groupe, alors même que le cinéma allemand qui se dégage du courant mainstream est relativement réduit. En ce qui concerne le trajet d’anciens sélectionnés, Linda Söffker explique que quatre réalisateurs précédemment sélectionnés à la Perspektive ont cette année eu un film dans la section Panorama ou Forum. Une jeune réalisatrice, encore étudiante dans son école de cinéma, dont le court métrage avait été sélectionnée à la Berlinale, a vu son rapport aux professeurs changer, son travail moins critiqué, plus respecté. La directrice de la Perspektive croit à un impact réel pour les jeunes cinéastes, soutien tant moral qu’institutionnel.

En ce qui concerne la France, le festival de Cannes présente souvent peu de film français, alors même que le nombre de films à Cannes est bien inférieur à celui de Berlin : tandis que ce dernier présente 99 films allemands (dont 80 longs métrages) cette année, Cannes présente en tout et pour tout 90 longs métrages. Tandis que le nombre de film sortis en France est très élevé (600 films environ par an dont 200 films français et 100 premiers films), mais aussi parce que la France est le pays où l’on montre le plus de films européens, il est beaucoup plus difficile à un jeune réalisateur français de se faire connaître.

Enfin, les fréquentations des salles en France et en Allemagne sont très différentes : en 2010, il y a eut deux fois plus de spectateurs de cinéma en France qu’en Allemagne, alors même que cette dernière a quinze millions d’habitants supplémentaires. Cela est dû au contexte de production où, notamment, la télévision finance moins le cinéma qu’elle n’entre en concurrence avec lui. Faire un film en Allemagne est donc plus difficile qu’en France, même si la garantie de visibilité est plus grande. C’est donc aux festivals d’assurer ce relais avec le public, et de donner aux jeunes cinéastes un peu d’air et de reconnaissance.

Entretien avec le président du jury "Dialogue en Perspective"

Vidéo réalisée par notre partenaire "Berlinale im Dialog"

Vendredi 18 février

Entretien avec Bettina Blümner

Vidéo réalisée par notre partenaire "Berlinale im Dialog"

Entretien avec Christoph Bach

Vidéo réalisée par notre partenaire "Berlinale im Dialog"

Entretien avec Alexander und Manuel Bickenbach

Vidéo réalisée par notre partenaire "Berlinale im Dialog"

Samedi 19 février

Rencontre des jeunes jurés avec Hugo Vieira da Silva dont le film "Swans" est présenté à la Berlinale, catégorie "Forum"

Vidéo réalisée par notre partenaire "Berlinale im Dialog"

Dimanche 20 février

Le prix « Dialogue en perspective » de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse au 61ème Festival International du Film de Berlin est décerné à :

Die Ausbildung
de Dirk Lütter

Le jury de l’Office franco-allemand pour la jeunesse décèrne le prix « Dialogue en perspective » pour la section « Perspektive Deutsches Kino » à Dirk Lütter pour son film Die Ausbildung. Se déroulant dans une ville moyenne de l’Allemagne de l’Ouest, le film raconte la dernière année d’apprentissage du jeune Jan et son embauche définitive dans une entreprise.

Avec ses comédiens exceptionnels, le réalisateur concentre photographie et son, costumes et décor, structure et rythme, en une mise en scène provoquant un certain malaise.

Le film parvient à interroger le rapport entre victime et criminel dans le monde actuel du travail, ainsi que la pression du conformisme exercée dans la société. Pour le jury, la perspective artistique de Dirk Lütter est par là-même une invitation à la réflexion sur le conformisme du cinéma allemand.

Compte-rendu supervisé par Pierre Eugène