Chacun pour tous, tous pour un !
Critiques > 1er décembre 2004

L’histoire est à la fois simple et originale. 1989, une mère, convaincue de l’existence d’un idéal communiste, s’investit corps et âme pour la République Démocratique Allemande. Suite à une manifestation réprimée par les forces de l’ordre, elle perd connaissance et plonge dans un coma de plusieurs semaines. Entre temps, le mur s’est effondré, l’Allemagne est réunifiée, le capitalisme de l’Ouest a submergé Berlin-Est. Son fils dévoué à l’équilibre fragile de sa mère remue ciel et terre pour la convaincre que la RDA existe encore.
Évidemment, les gags et les situations rocambolesques se succèdent jusqu’à épuisement, et fort est de reconnaître que l’on rit de bon cœur à cette farce astucieuse qui s’attache à restaurer la comédie dans son plus vif éclat. Même si l’omniprésence de la musique de Yann Tiersen (récupérée d’Amélie Poulain qui a enregistré plus de deux millions d’entrées là-bas) tend parfois à enfoncer le film dans une mélancolie un peu trop appuyée, l’œuvre de Wolfgang Becker n’en reste pas moins un touchant témoignage, une réflexion intelligente et idéalisée de ce que pourrait être le social si chacun était capable d’entendre son voisin. Non sans humilité, il détourne l’événement avec une audacieuse ironie, allant même jusqu’à justifier la présence de réfugiés ouest-allemands venus, vraisemblablement, se protéger du capitalisme sauvage. Même s’il est aisé d’imaginer que la droite allemande n’a pas financé le projet, le film n’a pas l’ambition de faire son affaire de la politique, ni de regretter le communisme tel qu’il était appliqué au sein du bloc de l’Est. La mère n’en est pas moins présentée comme ignorant la tyrannie des pouvoirs politiques. Le propos s’élève au-delà de tout ce formalisme, et pose une réflexion subtile et pleine d’espoir sur ce paradis perdu, cet idéal, si parfait soit-il, qui existe dans un coin de notre tête mais qui demeure impossible à appliquer pour une population conséquente.
Étrangement, ce film, truffé d’une authentique générosité, a permis au cinéma allemand de renaître progressivement de ses cendres. Bien loin du temps de Wim Wenders et ses multiples récompenses à Cannes, Werner Herzog qui révélait Klaus Kinski au monde entier, ou encore Volker Schlöndorff qui raflait une Palme d’or en 1979, le cinéma national s’était depuis éteint, laissant la part belle aux superproductions hollywoodiennes. Un grand succès, isolé, fit exception : Bagdad Café dont il est difficile de dire s’il est plus allemand qu’américain ou l’inverse. Et pourtant, depuis le festival de La Rochelle cet été en passant par le 8e festival du film allemand de Paris en octobre, Good Bye Lenin ! s’est exporté et a déjà cumulé près d’un million d’entrées en France, bénéficiant d’un bouche à oreille des plus encourageants. Aujourd’hui, les sociétés de production allemandes sont en effervescence, le film documentaire se développe et se fait enfin entendre. D’Au loin les lumières au Bois lacté en passant par Les Enfants de la colère et Cœur d’éléphant, films à venir ces prochains mois, force est de constater que le cinéma est devenu une thérapie enfin accessible pour un pays qui se cherche une identité depuis maintenant quatorze ans.
Clément Graminiès