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Les premières scènes du film ne laissent pas vraiment présager ce que sera le film par la suite. En plein cœur de l’été (qui, avouons-le, n’a rien de très coloré ni ensoleillé), Gabríel, un adolescent de seize ans, est envoyé en Grande-Bretagne pour y suivre des cours d’anglais. Sur place, il partage sa chambre avec un jeune indiscipliné au charme androgyne. Un soir, l’un et l’autre ayant un peu trop bu, ils vont succomber à la tentation du baiser avant de rentrer chacun de leur côté. Le canevas est archi-rebattu et on s’attend dans un premier temps à l’examen minutieux des désirs contradictoires de cet adolescent en proie à la découverte de lui-même. Beaucoup de productions gays ont suffisamment exploré cette voie pour donner le sentiment que ce type de films ne fait plus qu’enfoncer des portes ouvertes. Peut-être conscient en cours de route de ce qui pourrait rapidement représenter la limite de son propos, le réalisateur islandais bifurque et, plutôt que de se borner au parcours de ce personnage, va s’intéresser aux frasques de son groupe d’amis. Au sein de celui-ci, suffisamment de thèmes sont abordés pour nourrir une saison entière de Génération Collège (infidélité, suicide, homosexualité, quête du père inconnu, racisme, etc.) mais Jitters évite de se complaire dans les écueils sociologiques pour mieux capter ces imperceptibles changements qui font progressivement basculer les enfants dans l’âge adulte.
La référence du réalisateur serait donc plutôt Angela, 15 ans, série typiquement 90’s qui dévoilait à l’époque une qualité d’écriture extrêmement rare pour ce type de format. Seulement, là où cette production avait la finesse de ne pas opposer de manière manichéenne adolescents et parents mais plutôt de cultiver une certaine idée de la perte (du modèle, notamment, avec ce que l’adolescence peut comporter de désacralisation du monde adulte), Jitters ne parvient quasiment jamais à restituer cette ambiguïté et fige la cellule familiale dans ses échecs à maintenir un dialogue. La plupart du temps, c’est le parent qui est en faute : un père trop en retrait, une mère borderline, une autre envahissante ou encore une grand-mère réactionnaire, etc. Le tableau est parfois accablant (la scène de l’enterrement, par exemple) alors que les jeunes dépeints par Baldvin Zophoníasson, mis à part quelques cuites inoffensives, sortent rarement du chemin que leur dicte le bon sens. C’est d’autant plus dommage que le réalisateur ne se laisse pas trop piéger par les tics de mise en scène typique du « film indé » (caméra à l’épaule, éclairage naturel) et qu’il parvient, aidé par une galerie de jeunes acteurs au diapason, à restituer une certaine réalité du quotidien des adolescents islandais, quelque part entre opulence et ennui, échoués sur un territoire décidément bien trop grand pour eux.
Clément Graminiès