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Los Adioses

Los Adioses

de Natalia Beristain

  • Los Adioses

  • Mexique2017
  • Réalisation : Natalia Beristain
  • Scénario : María Renée Prudencio, Javier Peñalosa
  • Image : Dariela Ludlow
  • Décors : Carlos Y. Jacques
  • Costumes : Anna Terrazas
  • Son : José María Ramos Roa, Alejandro de Icaza
  • Montage : Miguel Schverdfinger
  • Musique : Esteban Aldrete
  • Producteur(s) : Rafa Ley, María José Córdova, Gerardo Morán
  • Production : Woo Films, Zamora Films, Chamaca Films
  • Interprétation : Karina Gidi (Rosario Castellanos), Daniel Giménez Cacho (Ricardo Guerra), Tessa Ia (Rosario jeune), Pedro de Tavira Egurrola (Ricardo jeune)...
  • Distributeur : KMBO
  • Date de sortie : 9 mai 2018
  • Durée : 1h26

Los Adioses

de Natalia Beristain

La personne ou le sujet


La personne ou le sujet

Biopic consacré à la femme de lettres mexicaine Rosario Castellanos, Los Adioses affiche quelque flou dans ses intentions, faute de se détacher de certaines recettes académiques. L’usage du flash-back, par exemple, laisse circonspect. Le récit, qui débute au moment où le couple formé par l’écrivaine et poétesse avec le philosophe Ricardo Guerra commence à battre de l’aile, s’encombre d’allers-retours avec leur passé commun d’étudiants en flirt. Invoqués à plusieurs reprises pour souligner (par leur ressemblance ou leur dissemblance) certaines situations du présent, ces intermèdes du passé n’apportent, en pratique, guère d’autre information que ces liens hypothétiques avec des moments qu’on sait révolus, et échouent à susciter autre chose. Ils ne contribuent ni à des explications essentielles qu’on ne détiendrait pas déjà, ni à étoffer notre perception de ce qui est filmé (personnages, trajectoires…), ni à faire naître des sentiments (pas même la nostalgie d’un amour érodé), ni à composer des liens entre images du passé et du présent (ce pourrait être deux films différents). Leur seule utilité avérée est d’illustrer l’existence d’un passé pour le couple Castellanos-Guerra, d’ajouter, en vertu d’un geste réflexe de la reconstitution biographique filmée, des pièces au puzzle de vies en images. Plus gênant : en abordant ainsi, d’une manière aussi machinale, le vécu de ses personnages, le biopic trahit à quel point il considère moins ceux-ci comme des personnes, des figures d’humanité (qu’elles soient réalistes ou mythifiées), que comme un sujet à traiter — avec plus d’application que de parti-pris de cinéaste.

Et l’homme dans tout ca ?

Au-delà de ce point sur lequel on vient de s’attarder, c’est tout le film qui se ressent de cette distance et de ce manque de parti-pris. Tâchant d’explorer les différentes facettes conventionnellement établies de Rosario Castellanos (femme, épouse, mère, artiste) et de raconter comment elle lutta — avec un succès discutable, comprend-on à l’arrivée — pour exister en tant que tout cela à la fois, c’est lui-même qui se rend laborieux pour concilier toutes les perspectives de son personnage-sujet. Il juxtapose sagement les images publiques — et fragmentaires — des interventions de l’artiste sur la condition des femmes, les scènes domestiques où elle bataille avec Monsieur et ces flash-backs d’une jeunesse distante, mais faute de traiter toutes ces images de façon à ce qu’on les considére de manière égale, il peine à dessiner un personnage qui pourrait les incarner toutes ensemble. On devine le matériau biographique exploité, mais on ne se sent jamais en présence de la figure qui l’inspire. Le même écueil explique que le biopic présente quelques défauts de cohérence, comme le statut ambivalent conféré au personnage du mari. Une scène du début, assez lourdement significative, avance que la fissure dans le couple se présenterait d’abord sur le plan de la création littéraire, celle impérieuse de Castellanos ne laissant semble-t-il aucune place à celle de Ricardo Guerra. Dès lors, on ne verra plus celui-ci tâcher d’exister comme homme de lettres, mais se complaire dans le rôle du mari laissé au second plan derrière l’art et le rayonnement de son épouse et se soulageant dans l’adultère. Et s’il existait un lien inavoué entre la frustration créative, qu’il doit refréner, et celle conjugale qu’il ne se prive pas d’exprimer pour tenter de ramener sa femme à « ses devoirs » ? Le film ne se pose pas de telle question — d’ailleurs, en aucune occasion il ne se donne les moyens de questionner ce qu’il montre : il reste dans un objectif d’illustration certes soignée, mais qui ne fait qu’effleurer l’intérêt qu’il pourrait tirer de son sujet.

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