Accueil > Actualité ciné > Critique > Afectados (Rester debout) mardi 15 novembre 2016

Critique Afectados (Rester debout)

© Splendor Films España

Circuit fermé, par Clément Graminiès

Afectados (Rester debout)

La Granja del Pas

réalisé par Sílvia Munt

Suite à la crise financière de 2008 qui a secoué entre autres l’Espagne, de nombreux particuliers se sont retrouvés dans l’incapacité de payer leur crédit immobilier. Pour beaucoup d’entre eux, les conséquences se sont révélées catastrophiques : à la suite d’un licenciement, de la perte d’un magasin ou de la suppression d’une allocation, ce sont les biens immobiliers qui furent saisis par les banques, poussant à la rue des milliers de familles. De cette terrible réalité qui ne redorera pas le blason des banques ayant excessivement spéculé sur la bulle immobilière, la documentariste Sílvia Munt entend répondre par le biais d’un film engagé et au plus près des victimes de ce système. Pour cela, elle a approché un collectif de citoyens du côté de Barcelone, régulièrement réunis pour s’épauler, se conseiller et se soutenir dans cette extrême précarité qui leur semblait inimaginable quelques années plus tôt. Il est difficile de ne pas être ému par certains témoignages : on pense par exemple à ce jeune handicapé privé de son allocation, à cette mère de famille obligée de squatter des appartements inoccupés pour donner un toit à ses trois enfants ou encore à cette femme en pleurs parce qu’après avoir été saisie de son appartement, elle a entraîné dans sa chute les amis qui s’étaient portés garants pour elle. À ce niveau, on ne peut pas douter un seul instant du respect dont la réalisatrice fait preuve à l’égard de la parole de chacun, laissant chacun mettre les mots (ou les silences) sur cette expérience traumatisante.

Pourquoi chercher un contradicteur ?

Mais cette évidente générosité fait paradoxalement toute la grosse limite du film. Tout d’abord sur le plan formel, la discrétion appuyée de la mise en scène n’offre rien de plus qu’une succession d’entretiens filmés face caméra. À de rares reprises, la réalisatrice se risque à enregistrer des ambiances et joue timidement avec le hors-champ mais tout semble guidé par la valeur incontestable du témoignage. Le manque criant d’ambition formelle pose une fois de plus cette question : ce documentaire, aussi nécessaire soit-il dans le message qu’il entend faire passer, a-t-il plus sa place dans les salles obscures qu’à la télévision (le film a d’ailleurs été produit par une chaîne de télévision catalane) ? Ensuite, sur le plan de l’écriture, on peut rester circonspect par le choix de Sílvia Munt de ne jamais ouvrir son film à autre chose qu’aux témoignages des victimes de la bulle immobilière. Certes, la démarche est bien de leur donner la parole pour réparer des injustices et leur permettre de s’incarner face à la gestion déshumanisée du système bancaire. Mais pourquoi ne pas chercher la confrontation justement ? Pourquoi ne pas tenter malgré tout d’acculer les acteurs d’un système indifférent au sort des précaires en les mettant face aux conséquences de leurs actes ? Probablement parce que la réalisatrice ne souhaite pas politiser son film et que c’est pour cette raison qu’elle ne pose pas de manière rigoureuse la question de la responsabilité des politiques et de l’État dans cette débâcle nationale. Ce parti-pris a le mérite de mettre au centre du dispositif la parole des laissés pour compte mais fait d’Afectados (Rester debout) un film qui, face à un drame économique d’une telle ampleur, donne le désagréable sentiment d’aborder le problème par le petit bout de la lorgnette.

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